Introduction d’un système d’évaluation par une tierce partie

Récemment, le gouvernement a enfin commencé à envisager sérieusement l’amélioration de l’enseignement du japonais et en particulier le statut des écoles. Cependant, l’administration des écoles relève du Bureau de l’immigration du ministère de la Justice ; et bien qu’il mène des contrôles au sein des étudiants étrangers, notamment pour identifier ceux dont les visas ont expiré, il n’effectue pas une gestion régulière de la qualité de l’enseignement (N.D.L.R : les cours de langue japonaise des universités sont supervisés par le ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie. L’Agence des affaires culturelles n’a pas l’autorité pour intervenir dans la gestion des écoles, bien qu’elle fournisse des directives pour la formation des enseignants. L’enseignement du japonais à l’étranger relève du ministère des Affaires étrangères et de la fondation du Japon).

« C’est le ministère de la Justice qui autorise l’ouverture d’une nouvelle école, poursuit Mme Yamamoto, mais il est nécessaire ensuite d’établir un système officiel d’évaluation par un organisme extérieur dans le but de reconnaître les établissements proposant un enseignement de qualité. On ne peut pas évaluer la qualité de l’éducation avec un système centré sur l’administration des écoles par le ministère la Justice. En raison d’une minorité d’écoles aux intentions malveillantes, toutes les autres souffrent d’avis critiques et méfiants. Cela a aussi influencé la délivrance de visas pour les étudiants étrangers désirant apprendre le japonais, ce qui en retour a compliqué la situation des écoles pendant plus de 30 ans. Je voudrais qu’il y ait une évaluation juste et équitable qui permette de mettre en avant les bonnes écoles. »

À partir d’avril 2019, le Japon commencera à accepter des travailleurs étrangers non qualifiés en émettant des visas « compétences spécifiques ». Mme Yamamoto salue cette initiative, qui manifeste l’intention du Japon d’apporter des solutions à l’utilisation des étudiants internationaux comme main-d'œuvre bon marché. Mais elle estime que ces étudiants seront toujours un moyen pratique pour les entreprises de trouver des travailleurs à temps partiel dont le coût de l’emploi est faible. Cela signifie qu’il y aura toujours des étudiants étrangers se rendant au Japon juste pour trouver du travail et des écoles de japonais qui continueront de les accueillir dans ce but. Il semble donc encore trop tôt pour être optimiste : l’introduction du visa « compétences spécifiques » n’entraînera pas pour autant une amélioration immédiate de la qualité des écoles.

Cependant, à long terme, Mme Yamamoto pense que si la croissance économique des pays asiatiques (d’où sont originaires une grande partie des étudiants étrangers) se poursuit, les étudiants seront de moins en moins tentés d’aller au Japon pour trouver du travail.

« À l’avenir, il faut que le Japon concentre ses efforts sur l’accueil d’étudiants étrangers qui pourront devenir des travailleurs hautement qualifiés. Pour ce faire, il est nécessaire d’améliorer la qualité de l’éducation du japonais et d’élargir le nombre d’enseignants. Et il faut ensuite introduire un système officiel d’évaluation des écoles qui utilise des normes internationales afin de mettre en avant la qualité de l’enseignement du japonais à l’étranger. »

« L’Association pour la promotion de l’enseignement de la langue japonaise » a récemment mis en place une évaluation par un organisme extérieur, mais peu d’établissements tentent de se faire certifier. Il existe également la norme internationale ISO 29991 (Services de formation en langues en dehors de l’éducation formelle), mais seulement quatre écoles l’ont acquise et elle n’est pas très connue dans le domaine de l’éducation.

« C’est parce que l’État néglige cette norme, explique Mme Yamamoto. Si par exemple le Bureau de l’immigration coopère pour émettre des visas sans condition à tout étudiant voulant intégrer un établissement ayant acquis l’ISO 29991, les écoles entreprendront sérieusement d’améliorer la qualité de leur enseignement. »