La fragilisation des relations humaines dans les zones urbaines : un problème très grave
À la base de toute société, il y a la civilisation à partir de laquelle la culture se développe et fleurit. Mais à l’heure actuelle, où l’on crée de plus en plus d’infrastructures pour limiter les dégâts des catastrophes naturelles, les liens humains qui encouragent la résilience sociale se distendent au fur et à mesure que les membres des communautés locales vieillissent et que leur nombre diminue. Dans le même temps, la concentration excessive de la population dans la capitale ne fait que contribuer à nous éloigner de la sagesse propre à la « civilisation » et à la « culture du désastre ».
À Tokyo, les immeubles d’habitation très élevés font leur apparition un peu partout. Chacun apporte avec lui un millier ou plus d’habitants supplémentaires à la communauté locale où il est construit. Mais ces nouveaux venus n’ont que très peu de contacts avec les gens qui vivent sur place depuis des décennies et il n’y a pas d’interaction commune entre eux. Les services de base comme l’eau et l’électricité sont accessibles à tous, pas seulement aux occupants des buildings en hauteur. Mais en cas de séisme, la vie devient difficile voire impossible dans les appartements des grands immeubles, même s’ils ne sont pas endommagés. Dès que l’électricité est coupée, les ascenseurs cessent en effet de fonctionner, et l’eau de couler…
Il y a certes toujours la possibilité de se réfugier dans un centre d’accueil d’urgence. Mais comment les écoles publiques et les autres infrastructures locales prévues à cet effet pourraient-elles accueillir autant de monde. Les résidents du quartier sont supposés contribuer à la gestion de ces abris mais les habitants des grands immeubles ne prennent part à aucun des exercices qui vont de pair avec. J’ai l’impression que la ville de Tokyo et les mairies d’arrondissement n’ont pas du tout envisagé de solution pour gérer le problème des foules qui risquent d’envahir les centres d’accueil d’urgence ouverts à tous. La sagesse traditionnelle que les membres des communautés locales ont développée face aux désastres est en train de disparaître, ce qui pourrait contribuer à aggraver les dommages provoqués par les catastrophes naturelles. Dans le même temps, le risque qu’un tremblement de terre se produise juste en dessous de Tokyo ne cesse d’augmenter. (Voir notre article Le prochain grand séisme au Japon : où pourrait-il se produire ?)
Les catastrophes naturelles majeures de l’ère Heisei (8 janvier 1989-30 avril 2019) au Japon
| Date | Nature | Nombre de victimes (décédées ou disparues) |
|---|---|---|
| Juin 1991 | Éruption du mont Fugen (Kyûshû) | 44 |
| Juillet 1993 | Séisme dans la mer du Japon suivi d’un tsunami dévastateur dans le sud-ouest de l’île de Hokkaidô | 230 |
| Janvier 1995 | Grand tremblement de terre de Hanshin-Awaji (Kobe) | 6 437 |
| Mars 2000 | Éruption du mont Usu (Hokkaidô) | 0 |
| Juin 2000 | Éruption sur l’île volcanique Miyake-jima (archipel d’Izu) | 1 |
| Octobre 2004 | Typhon Tokage Séismes de Chûetsu (Niigata) | 98 68 |
| Juillet 2007 | Séisme de Chûetsu (Niigata), épicentre dans la mer du Japon | 15 |
| Mars 2011 | Grand tremblement de terre du nord-est du Japon suivi d’un tsunami gigantesque | 22 199 |
| Septembre 2011 | Pluies torrentielles sur la péninsule de Kii (tempête tropicale Talas) | 98 |
| Août 2014 | Glissements de terrain de Hiroshima | 77 |
| Septembre 2014 | Éruption du mont Ontake (au centre du Japon) | 63 |
| Avril 2016 | Série de séismes consécutifs de Kumamoto (Kyûshû) | 26 |
| Juillet 2017 | Pluies diluviennes (Kyûshû) | 41 |
| Juin 2018 | Séisme du nord de la préfecture d’Osaka | 6 |
| Juillet 2018 | Pluies diluviennes et glissements de terrain dans les préfectures d’Okayama et de Hiroshima | 245 |
| Septembre 2018 |
Typhon Jebi Séisme d’Iburi (sud de l’île de Hokkaidô) | 14 42 |
(D’après un article en japonais du 2 avril 2019. Photo de titre : le bateau de tourisme « Hamayuri » déposé par le tsunami géant du 11 mars 2011 sur le toit d’une maison d’Akahama, dans la ville d’Ôtsuchi, préfecture d’Iwate, prise le 8 avril 2011. Jiji Press)
