Non, les responsables gouvernementaux ne peuvent pas tout faire
Enfin, n’oublions pas de mentionner les organisations d’aide aptes à réagir après un sinistre au Japon sont peu nombreuses. Dans d’autres pays développés, une formation préparant à intervenir en cas de catastrophe est dispensée, à la suite de laquelle les personnes qui l’ont suivie s’inscrivent auprès des autorités nationales, formant un réseau de personnes aux rôles clairement définis et qui peuvent être sollicitées pour fournir un soutien spécialisé. Les cuisiniers, par exemple, sont prêts à préparer des repas dans des centres d'évacuation et les chauffeurs de camion à livrer des fournitures d’urgence. Ce sont les gouvernements nationaux qui couvrent tous les frais de transport lorsque ces personnes sont appelées à la suite d’une catastrophe, ainsi que les frais de repas et d’hébergement et d’assurance accident pendant les opérations. Je pense que le Japon, lui aussi, devrait suivre ce modèle. Un système similaire devrait être mis en place le plus rapidement possible. Exemple concret des limites du système actuel : les autorités locales ne seraient pas en mesure de fournir suffisamment de personnel pour faire face à une catastrophe à l'échelle d’un tremblement de terre majeur frappant la région de Tokyo ou pis encore suivi d’un tsunami au niveau de la fosse de Nankai.
Une autre leçon que le Japon peut tirer de ces homologues étrangers est la manière dont les activités de soutien dans une région sinistrée sont gérées, principalement par du personnel envoyé par d’autres régions. La raison est simple : les fonctionnaires de la région qui a été touchée sont eux-mêmes susceptibles d'être victimes de la catastrophe, et sont donc moins en mesure de jouer un rôle centrale dans une équipe de soutien. Vu sous un angle humanitaire, on ne demande pas à ceux qui ont perdu des membres de leur propre famille et qui vivent eux-mêmes dans des centres d'évacuation de soutenir d’autres victimes, c’est impensable, et cela constitue une violation de leurs droits humains.
L’absence d’une agence centrale d’intervention en cas de catastrophe au Japon signifie également que ce sont les divisions d’intervention d’urgence des gouvernements municipaux, le Bureau du gouvernement et d’autres autorités encore qui doivent gérer les préparatifs des catastrophes en temps ordinaire. Habituellement, au Japon, tous les trois ans environ, les fonctionnaires administratifs sont transférés d’un poste à un autre lorsqu’ils sont promus. Ainsi, les personnes ne sont en charge de ces tâches que pour des périodes limitées, entraînant un manque de personnel disposant d’une expérience approfondie en la matière. Peu de personnes seront capables de gérer avec confiance des centres d'évacuation le moment venu ; les responsables suivront les instructions du manuel d’urgence à la lettre, faisant preuve de peu de souplesse.
Autre tâche urgente pour le Japon : créer un système où les fonctionnaires administratifs pourront être promus tout en continuant à acquérir une expérience précieuse dans le domaine gouvernemental de la réponse aux catastrophes. Si le Japon veut réduire le nombre de décès liés aux désastres naturels, il doit être en mesure de mettre à disposition des centres d'évacuation confortables et correctement équipés de toilettes, cuisines et lits.
Pour moi, il est de la plus haute importance pour le pays de créer une agence spécialisée dans la préparation et la réponse aux catastrophes, de revoir la gestion des stocks de fournitures d’urgence et de créer des organisations plus solides pour gérer les tâches de soutien post-catastrophe. Des vies en dépendent.
(Photo de titre : des réfugiés dans le gymnase d’une école primaire de la ville de Nagano, après le passage du typhon Hagibis le 13 octobre 2019)