Qu’est-ce qu’un produit touristique à forte valeur ajoutée ?
Vous avez dit une offre touristique à forte valeur ajoutée ? La qualité des services au Japon pourrait certes être encore améliorée mais il est urgent de penser en termes de contenus. Ce point fait actuellement défaut. Il s’agit notamment de développer l’offre pour des séjours de courte durée, le multiactivités et un recentrage sur de la « koto-consommation » (koto signifie « chose »), c’est-à-dire le plaisir de vivre des expériences plutôt que de consommer des biens matériels. Le tourisme post-Covid implique de changer de paradigme. Avant, on visitait des sites historiques et touristiques célèbres. Aujourd’hui, le séjour est plutôt long, centré sur un lieu précis et entrepris avec l’idée de se ressourcer. Désormais, les visiteurs accordent plus d’importance à la façon dont leur séjour va se dérouler. Avec la qualité des contenus proposés qui devient un facteur décisif, il faut offrir la possibilité d’une expérience unique, ancrée dans un terroir.
Prenons l’exemple du tourisme d’aventure (TA) ou tourisme « Découverte » sur lequel l’Agence du tourisme a mis l’accent ces dernières années. C’est une formule qui combine découverte de sites naturels, activités physique et culturelles. Les voyageurs veulent de l’émotion, ils souhaitent apprendre, comprendre et élargir leur horizon, ils espèrent vivre une expérience instructive ne se cantonnant pas à une sortie plaisante. Pour répondre à ces attentes, il faut pouvoir offrir des contenus uniques et denses, rendre possible la présence d’un guide capable d’accompagner les voyageurs tout en restant à leur écoute et sachant s’adapter.
C’est un défi d’importance, tant les obstacles au développement de cette offre touristique sont nombreux, les sites naturels et historiques, les coutumes et les produits artisanaux doivent pouvoir être convertis en ressources et contribuer ainsi au dynamisme des économies locales.
Actuellement, des projets pionniers de tourisme « découverte » sont menés dans diverses régions avec le soutien de l’Agence japonaise du tourisme et d’autres organismes. La préfecture septentrionale de Hokkaidô, entre autres, n’a pas tardé à s’intéresser à ce type de séjour et a joué un rôle de premier plan. En 2017, l’Agence de l’économie, du commerce et de l’industrie de Hokkaidô élabore une stratégie marketing. En 2019, elle propose un séjour artistique et numérique conjuguant culture aïnoue et dernières technologies. En 2021, elle diligente le séjour « découverte » le plus ambitieux au monde, alors organisé en ligne, il sera reconduit en présentiel l’année prochaine.
Un séjour hivernal comprend des excursions en raquettes dans les forêts, sur et aux alentours du lac Akan : après leur promenade, les visiteurs brisent la glace, pêchent un poisson appelé wakasagi, le cuisinent et dégustent sur place leur prise. Des Aïnous servent de guides et lors de la promenade, ils donnent de petits concerts de musique traditionnelle, expliquent les sites et montrent les us et coutumes des groupes ethniques vivant dans la région.
Les amateurs de ces séjours Découvertes sont nombreux à venir d’Europe, des États-Unis et d’Australie, pourtant plus de 70 % des touristes venant sur l’Archipel sont asiatiques. La perspective est prometteuse, mais le Japon doit relever ce défi qu’est la diversité des profils. Sur le terrain, afin d’attirer les visiteurs et les fidéliser, on peut également s’attendre à ce que ce type de séjour en appelle aux particularismes locaux. Par ailleurs, impliquer dans ces projets touristiques les habitants des sites visités pourrait participer au renforcement des fiertés d’appartenance, en incitant les locaux à se sentir plus attachés à leur région d’origine, en les poussant à la dynamiser et à la rendre plus attractive.
Ces séjours, tout en participant du développement touristique global, pourraient contribuer à la préservation des sites naturels et entretenir le cadre de vie dans chaque région. Dans un monde post-Covid, on constate un l’intérêt grandissant pour des formes de tourisme durable, responsable et qui invitent les touristes à la modération. Si le Japon aspire à devenir une nation touristique, il devra prendre des mesures pour dynamiser le tourisme sur son territoire tout en se tenant au fait des grandes tendances mondiales.
(Photo de titre : chemin de promenade dans la ville de Betsukai, à Hokkaidô. Photo avec l’aimable autorisation de l’Organisation de promotion du tourisme de Hokkaidô)
