Les secrets pour goûter pleinement au spectacle de rakugo
——Y a-t-il des choses à savoir par les néophytes se rendant au spectacle ?
SHÔZÔ Je conseille, tout d’abord, aux personnes qui s’initient, de ne pas étudier avant de venir. Si vous venez après avoir écouté sur CD l’histoire contée par un grand maître, vous serez déçus car il n’y a que peu de conteurs capable de créer une telle atmosphère. Venez de préférence accompagné de quelqu’un avec qui vous avez une affinité, comme des amis ou vos parents. Au début je vous déconseille de venir avec des enfants car le rakugo est un univers d’adultes abordant les sujets galants de manière récurrente.
Ensuite, il est important de trouver un restaurant ou aller après le spectacle, peu importe sa specialité.
De même qu’au retour d’un spectacle ou d’un concert l’on s’arrête et mange dans un restaurant chic, ou encore que l’on mange un chanko nabe (plat de base d’un sumotori) après avoir assisté à un tournoi de sumo, arrétez-vous dans un bon restaurant. En d’autres termes, j’aimerais que vous consideriez un spectacle de rakugo comme un évenement dans vos sorties.
Pour les néophytes, je recommande les spectacles en matinée d’un samedi ou un dimanche ensoleillé. Dans cette tranche horaire, les conteurs de rakugo vous narrerons des tas d’histoires drôles faciles à comprendre. A ce sujet, j’ai été autrefois pris à partie par un collègue plus âgé que moi. Ayant conté un ninjo-banashi, un genre de récit fondé sur la compassion, ce collègue me dit : « Mais enfin, pourquoi est-ce que tu contes un ninjo-banashi par un temps pareil !? Va dehors et regarde ! Par un temps si merveilleux tu ne crois pas que le public a envie de rire avant de rentrer ? Un jour comme celui-là, ton devoir de conteur est de faire en sorte qu’ils rentrent chez eux satisfaits d’avoir bien ri ! ». Je ne pouvais qu’être d’accord avec ce qu’il m’a dit.
Aux personnes possédant un bon niveau, je recommande les jours de semaine vers mardi ou jeudi ; et, de surcroît, de choisir une date précédent le jour de paie et une salle du quartier d’Ikebukuro un soir de pluie sans rémission. De tels soirs, le nombre d’entrées est faible, et c’est l’occasion dont profite le conteur pour placer l’histoire qu’il a envie de conter. C’est là l’état d’esprit des conteurs de rakugo. Si vous avez envie de les écouter, allez d'emblée à Ikebukuro.
(Texte : Sakurai Shin. Photos : Yamada Shinji)