Renforcer les liens économiques entre le Japon et les États-Unis

— Passons, si vous le voulez bien, aux questions économiques. Comment peut-on faire à votre avis pour renforcer les liens bilatéraux dans le domaine économique ?

ARMACOST  Compte tenu de la catastrophe nucléaire de Fukushima, il est évident que vous avez besoin de diversifier vos sources d’énergie. Aux États-Unis, la production de gaz naturel liquéfié est en plein essor et nos prix sont bas. Il y a des producteurs qui seraient très contents d’exporter. Le Japon est un allié vital. Il me semble que vous avez un besoin et que nous avons la capacité d’y répondre. C’est ce que nous devrions faire. La législation en vigueur chez nous impose l’octroi de licences, ce qui semble prendre un peu trop de temps à mon avis. Mais je pense que nous allons exporter. Je ne sais pas combien de temps il faudra pour obtenir l’autorisation. Il est possible qu’il y ait un enjeu politique, parce que la technologie de la fracturation hydraulique inquiète beaucoup les écologistes, lesquels occupent une place centrale dans la base de soutien de l’actuel président. Cela va peut-être jouer, mais j’ai de bonnes raisons de penser que nous aurons pris toutes les dispositions nécessaires pour exporter du GNL au Japon avant la fin de l’année. C’est une bonne chose, car elle nous permettra de réduire notre déficit commercial et de répondre à vos besoins, sans compter que le GNL produit beaucoup moins d’émissions de CO2 que le pétrole. J’espère donc que ça va marcher, et que ça va marcher rapidement.

— En ce qui concerne le TPP, les négociations bilatérales n’avancent pas vite. Comment voyez-vous les choses à cet égard ?

ARMACOST  Il y a seulement huit autres pays avec qui nous sommes actuellement en négociation. Il semble que les choses avancent. J’aime l’idée d’accords de grande qualité, et j’aime aussi celle d’accords plus vastes. Ce sont tous des pays avec qui nous entretenons de bonnes relations, mais franchement le TPP n’aura pas beaucoup de poids si le Japon n’est pas partie prenante. Sans le Japon, ce n’est pas grand chose ; avec, c’est une grande affaire. J’espère que vous allez réussir à clarifier votre propre position vis-à-vis du TPP.

Nous comprenons qu’il est inévitable que les hommes politiques aient leurs priorités. Si je ne me trompe pas, celle du premier ministre Noda Yoshihiko est la taxe à la consommation. Quant à nous, nous avons une élection en cours. Compte tenu de la dépendance du parti du président Obama vis-à-vis des organisations syndicales, il va être difficile d’avancer à grands pas avant le scrutin. Nous avons donc un peu de temps devant nous. Mais comme je l’ai dit, la participation du Japon est très importante. Je pense que les accords de ce genre ont ceci de bon qu’ils soumettent les entreprises des parties prenantes à une concurrence renforcée, ce qui en retour stimule l’innovation, fait baisser les prix pour les populations et contient l’inflation. Les bénéfices internes de ces accords sont considérables. Cela, me semble-t-il, devrait constituer pour le Japon une raison de plus de participer. J’espère que ce sera le cas, et j’espère qu’on arrivera quant à nous à régler le problème de notre industrie automobile. Ce secteur d’activité n’est pas très chaud lui non plus en ce qui concerne le TPP.

Je pense également que si le Japon ne se fait pas trop attendre — s’il participe plus tôt aux négociations —, il aura davantage d’influence sur leur résultat. Une fois les accords établis, les pays qui y adhèreront seront soumis à davantage de contraintes, du simple fait qu’ils devront accepter des règles déjà instaurées, sur lesquelles ils auront moins de prise.