Michael Armacost, surnommé « Mr Gaiatsu » (pressions extérieures) à la fin de la guerre froide, lorsqu’il était ambassadeur des États-Unis au Japon, parle ici du partenariat nippo-américain dans le contexte des changements induits en Asie-Pacifique par l’essor de la Chine.

Michael Armacost, qui a passé quatre ans au Japon en tant qu’ambassadeur des États-Unis, a été surnommé à cette époque « Mr Gaiatsu » (pressions extérieures), en référence à l’insistance avec laquelle il a demandé au Japon d’intervenir ouvertement dans la guerre du Golfe et, lors des négociations menées dans le cadre de l’Initiative relative aux obstacles structurels, d’ouvrir et de déréglementer ses marchés. C’est dans un discours prononcé en mai 2012 à la Fondation Sasakawa pour la paix qu’on peut trouver la prise de position la plus récente de Michael Armacost sur les relations nippo-américaines. Au cours de ce voyage au Japon, il a également visité, pour la première fois depuis vingt ans, les bases militaires américaines dans la préfecture d’Okinawa. Nippon.com a été à sa rencontre pour lui demander comment il envisageait l’avenir du partenariat nippo-américain, notamment en ce qui concerne la coopération dans le domaine de la sécurité et les relations économiques, sans oublier le Partenariat économique stratégique transpacifique (TPP).

Les conséquences du repli sur soi

— Dans l’allocution que vous avez récemment prononcée à la Fondation Sasakawa pour la paix, vous avez dit que c’est la politique intérieure qui se trouve aujourd’hui au centre des préoccupations au Japon comme aux États-Unis. Quel impact pensez-vous que cette attitude de repli peut avoir sur les relations nippo-américaines ?

MICHAEL ARMACOST  Eh bien je ne pense pas que cet impact soit énorme. La préoccupation des Américains pour les questions de politique intérieure tient à deux raisons. La première est que nous sommes en pleine campagne électorale. Le gouvernement se focalise sur les sujets qui inquiètent le plus les électeurs et, comme la reprise est faible et que le chômage augmente, ces deux problèmes ont naturellement la priorité. Étant donné que nous sommes de plus en plus endettés, il y a de moins en moins d’argent disponible pour la politique étrangère, ou pour le moins les contraintes budgétaires s’accroissent. Mais je pense que l’impact n’est pas encore considérable.

Nous restons engagés dans une guerre très coûteuse en Afghanistan, mais nous nous focalisons davantage sur les problèmes asiatiques. Si notre relation avec le Japon est à bien des égards excellente, c’est en partie grâce à la collaboration de Tokyo à l’opération Tomodachi(*1) et en partie du fait que la Chine affiche de plus en plus d’assurance et que ses capacités de défense augmentent. Bref, je pense que notre relation se porte plutôt bien.

— Si l’on se tourne vers le Japon, on est obligé de constater que la situation politique se caractérise par un blocage imputable à l’incapacité des politiciens à prendre la moindre décision. Quel est votre point de vue là-dessus en tant qu’ancien ambassadeur au Japon ?

ARMACOST  Je doute que nous soyons les mieux placés pour donner des conseils. Le gouvernement américain ne semble pas exempt de dysfonctionnements lui non plus. La politique, chez nous, est à la fois très complexe et très polarisée, si bien qu’à l’heure actuelle nous ne sommes pas un modèle de démocratie efficace. Il me semble que le plus grand changement que j’ai observé au Japon réside dans l’effort consenti pour renforcer l’encadrement et la discipline exercés sur l’administration par les politiciens élus. Ceci a eu un certain impact sur les relations bilatérales, en raison du poids que les fonctionnaires avaient dans la gestion de questions de sécurité, un domaine qui, dans nos deux pays, relevait essentiellement des hautes sphères de l’administration.

Même si nombre de nos hauts fonctionnaires ne sont pas des fonctionnaires de carrière, mais des politiciens placés à des postes clés d’une administration, il n’en reste pas moins que bien des décisions sont prises au niveau administratif et, quand les fonctionnaires japonais ont été mis sur la touche, au moins pendant un petit laps de temps après 2009, l’effet s’en est fortement ressenti. Mais je ne pense pas qu’on doive s’étonner qu’un changement d’une telle ampleur prenne du temps pour se mettre en place. Chez les bureaucrates, cela exige un changement de culture et, chez les politiciens, une amélioration de leur capacité de gestion des questions politiques. Il semble quand même que le plus dur soit derrière nous.

Je pense en outre que, lorsqu’il existe une interaction prolongée et une connexion évidente entre le président et le premier ministre, cela a un fort impact sur les relations bilatérales. Lorsque les échelons successifs de l’administration constatent que le président et le premier ministre s’entendent bien et entretiennent des liens étroits, ils comprennent que mieux vaut résoudre les problèmes lorsqu’ils apparaissent que de trouver des excuses pour ne rien faire. On a eu l’occasion d’observer cela dans le passé, me semble-t-il. La longue association entre le premier ministre Nakasone Yasuhiro et le président Ronald Reagan, par exemple, a été particulièrement étroite, et cela vaut aussi pour le premier ministre Koizumi Jun’ichirô et le président George W. Bush. Il est clair que ces hommes s’appréciaient mutuellement et qu’ils voulaient que leur relation ne cesse de s’améliorer. Le message est passé à tous les échelons de la hiérarchie. Lorsque les dirigeants changent fréquemment, en revanche, cela ne laisse pas beaucoup de temps pour développer des liens aussi étroits.