Que s’est-il passé à cet instant, et de quoi sera fait l’avenir ?

MARTIN  Je vais vous donner un exemple. Après la séquence de « 14h46 », il était possible de tout terminer sur une vision de happy end. Mais nous ne le voulions pas. Vers la fin, nous voyons apparaître un homme dont la fille a un an ce jour-là. Il y a un an, sa fille venait de naître, et le père s’est retrouvé à aller secourir des gens frappés par le tsunami. Et depuis ce jour, il est hanté par l’image d’une petite fille qu’il n’a pas réussi à sauver. Il en fait l’aveu, en pleurs, devant la caméra. Nous, nous devons tendre l’oreille à cette confession. Ce qui m’a bouleversé, c’est que dans la douleur de cet aveu, cet homme trouve finalement une libération. Cet événement se produit pour lui le jour de l’anniversaire de sa fille, jour de joie en principe. C’est un conflit qui apparaît entre la tragédie du passé et l’avenir. C’est ce conflit présent dans de nombreuses histoires individuelles que montre le film. Je crois que de très nombreux Japonais sont en train de se battre pour comprendre ce qui s’est réellement passé ce jour-là, et de quoi sera fait l’avenir.

Par ce film, Philip Martin, l’un des réalisateurs, parvient à toucher le cœur et la vie quotidienne des Japonais. Fils de diplomate, il a grandi à Saïgon, Hong Kong, en Malaisie, à Singapour et d’autres endroits, ce qui lui a donné une certaine connaissance de l’Asie. Quelles sont ses impressions du Japon ?

MARTIN  Quand j’étais adolescent, tous les héros de la pop anglaise, David Bowie, Marc Bolan, Brian Eno et les autres étaient tous fous du Japon. Cette influence est la mienne également. J’étais fan de YMO, j’adorais Sakamoto Ryûichi. Pour les jeunes de ma génération, connaître le Japon, c’était « super cool ». Alors moi aussi, j’ai prétendu tout connaître du Japon (rires).

Puis quand j’ai eu cette proposition de faire ce film, j’ai pensé que l’occasion était unique de découvrir le Japon pour de vrai et de connaître les sentiments des Japonais. Faire un film sur les vingt-quatre heures qui se situent un an jour pour jour après un événement que tous les Japonais sans exception considèrent comme important. Pour moi, ce fut un moyen comme je ne peux pas en imaginer de meilleur pour voyager dans ce pays dont j’ai tant désiré apprendre la culture et le mode de vie et que j’ai tant désiré comprendre.

Dans le film, il y a l’image d’une femme qui range les poupées du hinamatsuri (la fête traditionnelle des filles). Elle les couvre soigneusement de coton, et les place dans leur boîte en les saluant et leur promettant de les revoir l’année prochaine. Cette femme rayonne de complétude intérieure à ce moment-là. Dans cet instant, j’ai trouvé la délicatesse, le sens de la beauté, la sérénité des Japonais dans les moindres gestes de la vie quotidienne.

Que peuvent apporter au monde les Japonais qui ont fait l’expérience de ce tremblement de terre ?

NARITA  Ce que je suis très heureux de redécouvrir dans ces images, en tant que Japonais, c’est la force des Japonais. Leur obstination à vivre de toutes leurs forces. Il me semble que le film déploie plus de pensées sur la façon de vivre que sur la mort. En faisant réflexion sur ce qui est essentiel pour nous, nous apercevons toute une quantité de chose que les Japonais peuvent apporter au monde. Ces valeurs dont nous faisions grand cas avant, l’esprit de solidarité, le sens du travail pour le bien commun sans rechercher de profit d’un individu…

MARTIN  Ce qui est arrivé au Japon est un phénomène d’une nature si grande que nous ne pouvons pas le comprendre avec la tête. En tant qu’étranger, je ne peux qu’être émerveillé par la capacité des Japonais à faire face à des situations aussi redoutables. Cette façon de regarder ses sentiments en face, de trouver de nouvelles façons de vivre. De chercher une solution aux problèmes avec modestie, avec courage, avec noblesse. L’attitude des Japonais est un réservoir d’exemples pour le monde entier. Et puis, cette façon d’habiller un chien comme dans le film, jamais cela ne viendrait à l’idée d’un Anglais ! (rires)

(Interview effectuée le 21 octobre 2012, à Tokyo)

©2012 FUJI TELEVISION NETWORK, JAPAN IN A DAY FILMS LTD

JAPAN IN A DAY
(2012, co-production nippo-britannique)

réalisateurs : Narita Gaku et Philip Martin
Producteur exécutif : Ridley Scott
Producteur général : Kameyama Chihiro
Montage : Matsuo Hiroshi et Christina Hetherington
Musique : Nitin Sawhney
Production : Fuji TV
Distribution : Gaga

Film d’ouverture du 25e Festival International du Film de Tokyo
Sortie nationale le 3 novembre 2012