Pour un monde où chacun puisse vivre comme il est
En tant que membre d’une minorité visible et minorité linguistique au Canada, Mme Yamanouchi a elle aussi l’expérience des comportements désagréables. Quand elle était jeune, elle a fait du théâtre pour lutter contre la ségrégation raciale. L’engagement en faveur des peuples premiers est l’autre travail de sa vie.
« Quand j’y réfléchis, je dois dire qu’au Japon même, j’ai aussi eu l’expérience d’être considérée comme minorité linguistique. Ma première expérience de ce type remonte à l’époque où j’ai dû changer d’école. J’ai grandi dans les montagnes du Shikoku, mais en 5e année d’école primaire, j’ai déménagé à Matsuyama, chef-lieu de la préfecture d’Ehime. Cela représentait une distance d’à peine 40 Km, mais le parler est différent et j’ai dû m’adapter. À peine avais-je appris le patois de Matsuyama que je suis montée à Tokyo pour aller à l’université, et j’ai de nouveau dû changer mon accent. Puis je suis allée au Canada, où il me fallait parler anglais. À chaque fois, j’ai fait de gros efforts pour ne pas qu’on se moque de moi. Le Canada étant un pays multi-ethnique, on en a une image d’égalité entre les ethnies, mais en fait le racisme existe aussi là-bas. Les peuples premiers du Canada ont longtemps souffert de mauvaise considération. Et pendant puis après la guerre, les Japonais aussi ont été discriminés. »
Au Japon, le cas des Aïnous est comparable. M. Chupchisekor, qui participe au Festival des images des peuples premiers du monde, scrute justement les préjudices dont sont victimes les Aïnous dans les films de divertissement japonais.« M. Chupsisekor a eu une phrase qui m’a ouvert les yeux : “C’étaient des stéréotypes complètement faux, mais personne ne les a critiqué. C’est surtout ça qui me fait honte.” »
Mme Yamanouchi rêve d’un monde où chacun puisse vivre comme il est. Une société où même les membres d’une minorité puissent vivre d’abord dans leur individualité. Et à Yamagata, on a le sentiment que cela est possible.
« Beaucoup de gens ont renoncé à changer le monde après avoir été déçus par des mouvements inefficaces, il y a aussi des gens qui laissent passer les choses alors qu’ils ne les trouvent pas normales. Mais les gens qui viennent à Yamagata, ce sont surtout des gens qui ont le courage de se sortir de là. Qui cherchent des idées pour vivre mieux. Et c’est un fait qu’en 20 ans, sur la question des peuples premiers, la situation entre 1993 et aujourd’hui a tout de même radicalement changée ! »
Référence : Yamanouchi Etsuko, Le cinéma envers en contre tout — Le Festival de Yamagata,(2013, éd. Ôtsuki Shoten)
Photographies de l’interview : Hanai Tomoko
Remerciements : Comité exécutif du Festival international du film documentaire de Yamagata, Uplink (Shibuya, Tokyo)
