Le cinéma japonais en panne d’originalité
—— Dans Le Soldat dieu, vous interprétez avec brio une femme dont le mari a été amputé de ses quatre membres à la guerre. Que vous inspirent ces rôles qui dépeignent la vie de femmes japonaises à des époques variées ?
TERAJIMA Je souhaite faire connaître à l’étranger des films spécifiquement japonais qui présentent avec exactitude la culture japonaise. Dans les films étrangers, les Asiatiques sont souvent tous montrés de la même façon. Un rôle pour lequel le personnage pourrait être Coréen, Chinois ou Japonais n’a aucun sens. Je souhaite vraiment que les films japonais soient reconnus à l’étranger. Par exemple, des films comme ceux de Kurosawa Akira(*2) ou Mizoguchi Kenji(*3).
Aujourd’hui, si on vous demande ce qu’est le cinéma japonais, il n’est pas aisé de répondre. La Chine sait faire de grands films à gros budgets, la Corée du Sud excelle dans les films dramatiques, très humains dans tous les sens du terme. Mais quelle est la particularité du cinéma japonais ? Un univers comme celui d’Ozu Yasujirô, par exemple, monotone et calme, c’est peut-être cela la beauté du Japon. A une époque où ce type de films est rare, Tel père, tel fils de Kore-eda Hirokazu(*4) a récolté de nombreux prix à l’étranger, cela a été une grande joie en tant que Japonaise. Kawase Naomi(*5) aussi bénéficie d’une réelle notoriété à l’étranger. J’ai envie de travailler avec des réalisateurs comme eux.
—— Le cinéma japonais contemporain aborde souvent des thèmes sans envergure.
TERAJIMA Les histoires axées sur un premier rôle âgé d’une vingtaine d’années sont nombreuses, c’est attristant. Dans les films européens, des personnes de tous âges sont dépeintes. Pourquoi le Japon n’y arrive-t-il plus ? Le marché est principalement orienté vers les jeunes, me semble-t-il.
Il est triste aussi que peu de réalisateurs souhaitent travailler avec des femmes mûres. C’est peut-être pour cela qu’il y a peu de films axés autour d’une héroïne. Naruse Mikio(*6) et Itami Jûzô(*7) ont merveilleusement dépeint la femme. Sans doute parce que leur motivation à tourner avec des femmes, à tout prix, était extrêmement forte.
Si j’ai eu envie de jouer dans Le soldat dieu, c’est parce que ce film mettait véritablement en avant la femme japonaise. J’ai estimé pouvoir ainsi montrer au monde la force des femmes japonaises, sous diverses facettes. Beaucoup de jeunes réalisateurs japonais se disent embarrassés de tourner avec des femmes, c’est à se demander s’ils blaguent. On trouve des rôles très superficiels de femmes mignonnes, mais peu savent exprimer les sentiments profonds des femmes. Quand je lis les scénarios, je m’étonne souvent du caractère superficiel des rôles féminins. Bien entendu, c’est aussi à l’actrice de remplir le rôle. Mais pour vraiment montrer les femmes, le réalisateur doit absolument les aimer. Depuis Vibrator avec Hiroki Ryûichi(*8), je n’ai pas rencontré d’autre réalisateur de ce type. A part Wakamatsu Kôji, bien entendu. Lui, c’est un génie.
—— En qui placez-vous vos espoirs, dans la jeune génération japonaise ?
TERAJIMA J’espère beaucoup des jeunes réalisateurs, je m’efforce donc de ne pas laisser passer leurs films. Sakamoto Ayumi(*9), qui a reçu l’année dernière le grand prix de la section Asie du Festival international du film de Tokyo, a attiré mon intérêt. En apparence, on dirait une jeune femme ordinaire, mais ses films sont très profonds. Elle dépeint très bien les multiples facettes de l’être humain, cela m’a bouleversée. Généralement, les acteurs prennent les rôles qui leur sont proposés, mais ils doivent aussi dénicher de jeunes talents et les approcher pour travailler avec eux. Pour l’avenir du cinéma japonais aussi, je souhaite davantage relever ce genre de défi.

