Les bienfaits du mariage binational
—— Quelle influence votre mariage avec un Français a-t-il eu sur votre travail ?
TERAJIMA Mon mari était l'un des directeurs du Festival International de Cinéma de Marseille. Il connaît beaucoup de monde, qu’il me fait rencontrer, et il est calé en cinéma. Cela m’a ouvert de nouveaux horizons. Sous son influence, je m’intéresse aussi davantage aux questions internationales, je comprends que j’étais très ignorante jusqu’à présent. Je me fais souvent la réflexion qu’alors que le monde entier est confronté à de nombreux problèmes, au Japon, tout va bien. Mon point de vue s’est considérablement élargi. Je réalise que j’ai beaucoup à apprendre.
En français, je suis encore en cours d’apprentissage, nous parlons donc en anglais. J’apprends en écoutant mon mari parler français à notre fils. De la même façon, mon mari a fait d’énormes progrès en japonais.
Mon intérêt pour le monde s’est renforcé et, en parallèle, avoir un conjoint étranger me permet de mieux apprécier certains aspects du Japon. Je suis issue d’une famille traditionnelle, étroitement liée à la culture traditionnelle japonaise, mais j’ai l’impression que mon intérêt pour cette culture est aujourd’hui plus profond.
—— En tant que fille d’un acteur de kabuki, n’étiez-vous pas destinée à épouser un Japonais ?
TERAJIMA Absolument pas. Mes parents se sont fait du souci, semble-t-il, mais quand je leur ai présenté Laurent, ils l’ont tout de suite apprécié. Si j’avais épousé un Japonais, je crois que je serais restée dans le giron de ma famille. Avec un conjoint français, il m’est davantage permis de tourner le dos aux conventions japonaises.
Dans la famille, mon frère cadet a fait l’objet de beaucoup d’attentions, en tant que futur acteur de kabuki. Mes parents affirment nous avoir élevés de la même façon, mais de mon point de vue, mon frère a été beaucoup plus gâté ! Les parents et les enfants voient les choses différemment, je le comprends maintenant que je suis mère. Il suffit que je me maquille pour que mon fils sache que je vais sortir. Les enfants possèdent une sensibilité extraordinaire, presque animale. Je l’ai oublié aujourd’hui, mais quand je repense à mon enfance, je crois que j’ai grandi avec un certain complexe quant à ma place dans la famille. De ce fait, je voulais devenir une grande actrice pour eux, la pression était forte. Mais maintenant, je me sens bien. J’ai ma propre famille, indépendante de la famille Terashima, nous sommes sur un pied d’égalité. J’arrive à discuter d’égal à égal avec mes parents. C’est très agréable.
—— Ferez-vous de votre fils un acteur de kabuki ?
TERAJIMA Mon fils dit qu’il aime le kabuki, ce dont se réjouissent mon père et ma mère. Mon neveu devra prendre la suite de mon frère, mais mon fils est plus libre, il pourra le faire s’il le souhaite.
(Extrait d'une interview réalisée à Tokyo, le 18 juillet 2014. Coordination : Yata Yumiko / Photographie : Igarashi Kazuharu / Direction vestimentaire : Kawabe Natsuko - KiKi inc. / Coiffure et maquillage : Matsui Rika - A.K.A / Costume : ENFOLD)
(*1) ^ Wakamatsu Kôji (1936-2012)
Au cours de sa carrière, entre 1963 et 2012, il a réalisé 45 films en abordant presque sans exception les sujets du sexe et de la politique. Ses quatre derniers films ont été sélectionnés aux trois grands festivals internationaux de cinéma : United Red Army (2009) et Le soldat dieu (2010) à Berlin, 25 novembre 1970 : le jour où Mishima choisit son destin (2012) à Cannes, et The Millennial Rapture (2012) à Venise.
(*2) ^ Kurosawa Akira (1910-1998)
L’un des grands maîtres du cinéma japonais, réalisateur de trente films parmi lesquels Les Sept samouraïs, Rashômon et Ran.
(*3) ^ Mizoguchi Kenji (1898-1956)
Réalisateur célèbre pour sa touche réaliste dans la description de femmes au destin torturé. Les Sœurs de Gion, La Vie d’O’Haru femme galante, Contes de la lune vague après la pluie et Les Amants crucifiés comptent parmi ses œuvres emblématiques.
(*4) ^ Koreeda Hirokazu (1962-)
Réalisateur considéré comme l'un des plus prometteurs du cinéma japonais. Parmi les neuf films qu’il a réalisé, quatre ont été sélectionnés au Festival de Cannes : Distance (2001), Nobody knows (2004), Air Doll (2009) et Tel père, tel fils (2013). Ce dernier a reçu le Prix du jury.
(*5) ^ Kawase Naomi (1969-)
Réalisatrice distinguée aussi bien pour ses fictions que pour ses documentaires autobiographiques. Elle a obtenu de nombreux prix internationaux, notemment la Caméra d'or pour Suzaku (1997) et le Grand prix du jury pour La Forêt de Mogari (2007) au festival de Cannes.
(*6) ^ Naruse Mikio (1905-1969)
L'un des plus grands réalisateurs du « second âge d'or » du cinéma japonais dans les années 1950, aux côtés de Mizoguchi, Ozu et Kurosawa. Entre 1930 et 1967, il a réalisé 89 films, muets et parlants confondus.
(*7) ^ Itami Jûzô (1933-1997)
Il a commencé sa carrière d’acteur en 1960 avant devenir réalisateur en 1984 avec Osôshiki (Funérailles). Son deuxième film Tanpopo (1985) a connu le succès à l’étranger, notamment aux États-Unis.
(*8) ^ Hiroki Ryûichi (1954-)
Après avoir débuté en 1982 avec le film érotique Catch the woman out, il a réalisé une soixantaine de films jusqu’en 2014. Vibrator (2003) a obtenu une quarantaine de récompenses au Japon comme à l'étranger.
(*9) ^ Sakamoto Ayumi (1981-)
Après avoir participé au tournage des films de Tsukamoto Shinya, elle a débuté sa carrière en tant qu’éclairagiste. En 2014, son premier long-métrage « Forma », fruit de 4 ans de travail, a remporté le Prix FIPRESCI au Festival de Berlin.
