Murai Kunihiko, compositeur, producteur et fondateur d’Alfa Records, a joué un rôle de premier plan dans le développement de la musique pop japonaise au cours des années 1970, notamment en révélant au grand public le groupe Yellow Magic Orchestra. Il revient sur son parcours musical dans cette interview.
Les débuts d’une vie consacrée à la musique
—— Parlez-nous de vos premiers pas dans le monde de la musique.
MURAI KUNIHIKO Mon travail de composition se fonde sur le jazz et la musique classique. Depuis le collège, j’étais un passionné de « big band », et à l’université, j’ai approfondi mes connaissances musicales en jouant du piano et du saxophone dans un cercle musical à l’université. De plus, je gérais un magasin de disques tout en poursuivant mes études. Je pouvais donc toujours avoir une idée des titres qui allaient obtenir un grand succès, même si, bien sûr, mes goûts personnels étaient plus importants que l’engouement général pour ces chansons. J’aimais la musique tout simplement, et c’est en m’y investissant corps et âme que je suis devenu compositeur.
—— En plus de vos casquettes de compositeur et de producteur, vous avez fondé et dirigé Alfa Records, maison de disques qui a collaboré avec A&M Records, un ancien grand label de musique américain. Quelles étaient vos influences à cette époque ?
MURAI Quand j’étais au lycée, j’ai rencontré Kawazoe Hiroshi(*1), le propriétaire du restaurant Chianti(*2), qui a contribué énormément à faire connaître à l’étranger l’art et la culture du Japon d’après-guerre. Le restaurant était un lieu de rencontre pour les personnalités des lettres et des arts, aussi bien du Japon que d’autres pays. Je discutais avec des personnes de tous âges et aux carrières très variées, ce qui m’a permis d’assister personnellement au changement culturel de la société japonaise de la fin des années 1960 et du début de la décennie suivante. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’au Japon aussi, une période difficile allait venir pour ceux qui ne protégeaient pas leur propriété intellectuelle.
À cette époque au Japon, peu de personnes se souciaient des droits d’auteur, même au sein de l’industrie de la musique, et encore moins pensaient à leurs droits d’auteur à l’étranger. En rencontrant Kawazoe et en allant au Chianti, je suis devenu plus sensible aux tendances les plus récentes du marché de la musique.
Plus tard, Kawazoe m’a donné la possibilité de voyager à Paris pour l’enregistrement en studio d’un ami. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Eddie Barclay(*3), président d’un label de musique français, qui m’a proposé de créer une maison de disques au Japon. Il m’a tout de suite présenté à un label américain, Screen Gems-Columbia, et c’est comme ça que j’ai commencé à me faire des relations dans l’industrie musicale occidentale. Je tournais autour du monde comme un satellite, allant de Paris à Londres en passant par Los Angeles et New York. Dans ce tourbillon d’informations les plus récentes, j’ai commencé à établir des relations étroites avec des personnes aux quatre coins du monde grâce à la musique.

