Acquérir la confiance des patients japonais
——Et vos études de médecine ?
O.I. J’ai obtenu mon doctorat en 3 ans, contre 4 habituellement. Puis je suis resté au niveau post-doctoral, comme chercheur, afin d’obtenir une autorisation de praticien japonais. Car la licence égyptienne que je possède n’est pas reconnue par le système japonais. J’ai dû fournir une montagne de papier au ministère de la Santé et du Travail et passer un entretien. Cela m’a pris presque un an. Ensuite, j’ai postulé au concours national de médecine. C’était très difficile. Le concours se déroule de 9 heures du matin à 17 heures le soir, pendant trois jours. C’était vraiment l’impression de courir sans pouvoir s’arrêter au milieu du désert.
——Les questions étaient difficiles ?
O.I. Oui, mais le plus difficile était qu’il fallait répondre en japonais. Lire les questions prend déjà du temps. Même si j’avais des connaissances, je n’avais pas assez de temps pour réfléchir en japonais. Au début, j’ai pensé laisser tomber. Par exemple, l’une des questions disait : « Le patient se plaint de sensations muzu-muzu dans les jambes. » Qu’est-ce que c’est que ça, muzu-muzu ? J’ai failli éclater de rire. Les onomatopées, si vous ne les connaissez pas, vous ne pouvez pas deviner. Mais c’est très intéressant. Le japonais est une langue extraordinaire pour ce mode d’expression. Cette fois-là, j’ai échoué. Mais il y a également tellement de Japonais qui échouent aussi que cela ne m’a pas découragé. Je n’ai pas abandonné. J’ai réussi à la troisième tentative.
——Comment cela s’est-il passé une fois que vous avez obtenu votre licence d’exercer la médecine ?
O.I. Après deux ans d’internat, j’ai été engagé comme médecin à l’hôpital universitaire de Tokyo. Ma licence japonaise d’exercer la médecine fait que je ne suis plus considéré comme un étranger mais comme un médecin normal. Avant, si je n’arrivais pas à lire un idéogramme concernant un terme médical, du moment que je pouvais parler, on me félicitait « Comme vous parlez bien japonais ! » Aujourd’hui, si je n’arrive pas à lire un de ces idéogrammes, on me dit « comment se fait-il que vous ne connaissiez pas ce caractère ? » Mais au contraire, c’est pour moi le signe que je ne suis plus discriminé pour ma nationalité. Ici, si vous savez parler correctement japonais et que vous travaillez correctement, vous serez apprécié. Et quand certains patients disent qu’ils préfèrent parler avec Docteur Osama parce qu’il les écoute mieux, je suis très heureux.

