Un monde inquiétant en proie à de multiples menaces
Les œuvres présentées dans le cadre de la rétrospective du Musée d’art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa sont regroupées en six « chapitres » intitulés respectivement : « New York au milieu des vagues » (Waves in New York City), « Les États (dés)Unis d’Amérique » ((Dis)United States of America), « La vie est un éternel voyage » (Life is an Eternal Journey), « Un monde très imparfait » (A Very Imperfect World), « La quête de la lumière » (Aiming for Light), et « Après tout, nous restons pleins d’espoir » (After All, We Remain Hopeful). Outre des peintures, elles incluent des dessins et des sculptures.
« Il m’a fallu dix ans pour créer les œuvres de cette exposition. Les spectateurs devraient donc prendre tout leur temps pour s’en imprégner », déclare Oscar Oiwa. « J’espère qu’il n’y aura pas trop de monde dans le musée quand ils viendront le visiter, de façon à ce qu’ils puissent regarder mon travail en détail. »
On ne voit pratiquement aucun être humain dans les œuvres d’Oscar Oiwa, ce qui donne au spectateur une sorte d’impression de distanciation par rapport au malaise ambiant engendré par la mondialisation ainsi que la politique et la société américaines. Dans l’introduction au chapitre « Les États (dés)Unis d’Amérique » ((Dis)United States of America) de son exposition, Oscar Oiwa a écrit ce qui suit à propos de l’élection du président Barack Obama. « Le mot-clef de l’époque était ‘espoir‘. Il semblait que les choses allaient un peu mieux. Mais huit ans plus tard, c’est Donald Trump qui lui a succédé. Le Congrès est complètement divisé. On se croirait dans un cirque. La Maison Blanche est un dans un tel état de chaos qu’on a l’impression de rêver. J’espère seulement qu’il n’y aura pas de guerre. »
Certaines créations du peintre mettent en scène de façon allégorique un environnement urbain en ruines ou dévasté par une catastrophe. Les deux huiles sur toile City from the Past (« Ville du passé ») et City from the Future (« Ville de l’avenir ») qu’il a peintes en 2008 sont particulièrement éloquentes à cet égard. Elles montrent la transformation d’un pâté de maisons délabré d’une ville chinoise dominé par un portrait de Mao Zedong en quartier chic où les galeries d’art voisinent avec un café Starbucks, un restaurant McDonald’s et même une fourgonnette des services de livraison FedEx. La seule chose qui n’a pas changé, c’est le portrait de Mao.
En 2013, Oscar Oiwa a réalisé une autre peinture de grandes dimensions à laquelle il a donné le nom évocateur d’Accident. On y voit un camion-citerne renversé au bord d’une route sinueuse de montagne surplombant un précipice. Les produits toxiques qu’il contient sont en train de se déverser dans la vallée située en contrebas et de la polluer en lui donnant d’étranges couleurs rappelant celles d’un arc-en-ciel.
Swirl (« Le tourbillon »), une huile sur toile de 2011, montre quant à elle un effrayant maelström en train d’engloutir des paillettes lumineuses provenant d’une ouverture circulaire qui pourrait fort bien correspondre à la partie inférieure d’un ovni. Dans le même temps, un orchestre à cordes semble faire écho au tourbillon vertigineux de l’océan. Des haut-parleurs déversent une bande-son intitulée The Dreams of a Sleeping World (« Les rêves d’un monde endormi ») que le travail d’Oscar Oiwa a inspirée au compositeur américain Chad Cannon, auteur par ailleurs de la musique de plusieurs films célèbres dont Le Hobbit, Comme des bêtes et American Factory.
« J’aime collaborer avec d’autres artistes, en particulier les musiciens, les photographes et les vidéastes », ajoute Oscar Oiwa. « Composer de la musique à partir d’œuvres d’art est quelque chose de très compliqué dans la mesure où il faut écrire une partition différente pour quinze à vingt instruments. Pour moi coopérer avec des musiciens est très intéressant parce que mon art est visuel et le leur de l’ordre du son. Bien que nous travaillions dans des registres complètement différents, nous arrivons à nous entendre. C’est un peu comme au cinéma où l’image fait corps avec la bande-son. »


