De grandes attentes pour un médicament luttant spécifiquement contre la détérioration mentale

Parce qu’il accorde la priorité à la spécialisation, le monde médical japonais ne serait pas favorable à une approche consistant à traiter des maladies multiples et diverses par un mécanisme simple, un nettoyage efficace des débris présents dans le corps par le renforcement de la fonction de l’AIM. Mais en 2019, le projet a été choisi pour bénéficier d’un important financement public pour la recherche, et le développment d’un médicament AIM destiné aux humains est en bonne voie.

« Étant donné que nous avons collecté des données qui indiquent que cette thérapie est efficace contre toutes sortes de maladies, nous cherchons actuellement celle contre laquelle nous allons d’abord faire des essais. Il suffira d’obtenir l’autorisation pour ce nouveau traitement face à une pathologie contre laquelle ses effets apparaîtront relativement rapidement, et d’étendre ensuite son champ d’application. La maladie rénale et la maladie d’Alzheimer sont nos objectifs ultimes pour ce traitement. »

Le professeur Miyazaki dans son laboratoire de l'Université de Tokyo (photo de l'auteur)
Le professeur Miyazaki dans son laboratoire de l’Université de Tokyo (photo de l’auteur)

À la différence des médicaments de synthèse, un traitement à base d’une protéine comme l’AIM n’entraîne pas d’effets secondaires, mais le processus de fabrication est difficile et coûteux. L’infrastructure de production pose un problème considérable.

« Le nombre de firmes pharmaceutiques japonaises capables de réaliser leur fabrication intégrée, depuis le processus de fabrication en grande quantité d’AIM par culture cellulaire jusqu’à celui de leur raffinage, est limité. Si l’on prend l’exemple de Taiwan, le gouvernement a déterminé que la création d’un système de fabrication de médicaments à base de protéines était un projet d’ampleur nationale, et des entreprises privées ont ensuite bénéficié de ce système. La coopération entre les différentes parties se passe bien. Il n’y a pas d’initiative de ce genre au Japon. »

Miyazaki s’est aussi lancé dans la recherche d’un traitement contre le Covid-19. Il pense en effet que l’AIM peut aussi avoir un effet de nettoyeur contre les débris provenant de l’extérieur du corps. Il étudie actuellement cette hypothèse en collaboration avec une université canadienne qui a des installations où l’on expérimente la contamination animale.

« Alors qu’il y a au Japon un grand nombre d’initiatives intéressantes en recherche fondamentale, l’environnement pour soutenir ces recherches qui n’ont pas encore donné leurs premiers bourgeons est inexistant. Les limites de la spécialisation sont aussi perceptibles. Jusqu’à présent, la médecine a concentré ses efforts sur les spécificités de chaque domaine. Si l’on ne change pas cette approche, les maladies que l’on ne sait pas guérir continueront à être incurables. N’est-il pas temps de s’en rendre compte ? »

« Il faut former au business de la médecine »

Le 1er octobre 2021, l’Université de Tokyo avait annoncé la création d’un nouveau fonds d’une dimension de 60 milliards de yens (453 millions d’euros). L’objectif est de créer 700 start-up avec l’université d’ici à 2030.

« La promotion des start-up universitaires est importante. Personnellement, je pense qu’en médecine, faire de la recherche fondamentale uniquement pour écrire un mémoire ne suffit pas. Si les résultats des recherches menées par des médecins n’atteignent pas les patients et ne sortent pas des laboratoires, il me semble qu’elles ne peuvent être considérées comme complètes, n’est-ce pas ? Pour aller plus loin, il faudrait lancer de nouvelles entreprises et collecter des financements. Le système qui va rendre cela possible vient enfin d’être créé. Parallèlement, il faut aussi former au business de la médecine. En effet, il faut que les traitements arrivent aux patients, non pas pour générer un profit, mais pour savoir mettre les produits sur le marché. »

(Texte et reportage d’Itakura Kimie, de Nippon.com. Toutes les photos sont avec l’aimable autorisation du professeur Miyazaki)