Les entreprises japonaises ne donnent pas leur chance aux diplômés égyptiens

J’entends des ressortissants japonais au Caire dire que de nouveaux diplômés qui parlent « assez bien » japonais ne sont pas forcément « efficaces » pour leurs entreprises. Pourtant, au Japon, les sociétés japonaises sont réputées pour cette culture de la formation des jeunes employés jusqu’à en faire des professionnels de très haute valeur. Cette façon de rejeter d’une formule sans appel les diplômés égyptiens du département de japonais n’est pas digne de la culture des entreprises nippones qui insistent au contraire sur la valeur de la formation des ressources humaines.

L’État japonais lui-même, qui a pourtant soutenu la création d’un outil d’enseignement de la langue japonaise hautement performant, ne donne pas aux diplômés la possibilité d’utiliser professionnellement leur acquis. Cette attitude me paraît pour le moins incohérente. J’ai entendu dire que de leur côté, des pays européens comme l’Allemagne ou la France, promeuvent l’enseignement de leur langue dans les pays arabes, et aident aussi des étudiants à venir poursuivres leurs études en Europe.

De jeunes arabes, possédant un intérêt pour Japon, ayant étudié la langue japonaise, devraient être un capital en ressources humaines de haute valeur, aussi bien pour le Japon que pour les pays arabes. Je pense que la coopération du Japon en faveur de l’éducation de la jeunesse arabe, et non pas seulement de l'apprentissage de la langue, est un facteur important des relations nippo-arabes.

Cette pensée m’est arrivée il y a quatre ans, quand j’ai vu, en tant que journaliste, la passion et l’énergie qui animait les jeunes sur la place Tahrir. Ce que chacun de ces jeunes exprimait, c’était une seule pensée : « Je veux faire de l’Egypte un beau pays ! »

En arrière-plan du mouvement des jeunes que l’on a appelé « le Printemps arabe » se trouve la réalité démographique des pays arabes, dans lesquels l’âge médian se situe entre 20 et 30 ans. Une jeunesse abondante dans un pays est une force de travail et de production, mais quand ces jeunes ne trouvent pas de travail ou de logement, cela peut devenir un problème politique et social.

D’un autre côté, l’âge médian au Japon est actuellement de 45 ans, le plus élevé du monde. Il était situé à un peu plus de 20 ans vers le milieu des années 1960. C’est l’époque où le Japon, lui aussi, a connu les mouvements étudiants. Mais ce sont ces mêmes jeunes qui, dans les années 70 et 80, sont devenus le pivot du développement économique, du progrès social et de la culture japonaise.

Le Japon devrait faire plus pour la jeunesse du monde arabe

Le Japon est déjà actif dans la formation de la jeunesse arabe. Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de visiter l’Institut nippo-saoudien de formation technique automobile à Djeddah, en Arabie saoudite. Cet institut a été créé avec la coopération de la JICA et fonctionne avec le soutien de l’Association Japonaise des Constructeurs Automobiles (JAMA).

J’ai rencontré un jeune mécanicien saoudien qui y avait passé un diplôme. La tête plongée sous le capot d’une voiture, couvert d’ huile de moteur, il travaillait à la sueur de son front dans le garage d’un concessionnaire Toyota. Tout guilleret, il m’a dit : « Travailler m’a donné confiance en moi. » Au début, son père s’était opposé à ce qu’il devienne mécanicien, mais il a changé d’avis quand son fils a commencé à travailler à l’atelier Toyota : un effet de la force d’une marque japonaise.

Le Japon célébrera cette année le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a 70 ans, le pays était plongé dans le désespoir causé par les bombardements et la douloureuse défaite, comme dépeint dans Gen d’Hiroshima. Mais il n’a pas mis longtemps pour se relever et s’engager sur la route de la prospérité économique et sociale et la construction d’une nation de paix. Je ne doute pas que cette expérience du Japon sera un exemple pour ouvrir l’avenir de la jeunesse du monde arabe qui fait actuellement face à de si grandes difficultés.

(D’après un article original en japonais du 24 mars 2015. Photo de titre prise par l’auteur : des jeunes sur la place Tahrir au Caire en février 2011.)