Le bonheur d’avoir vécu des moments historiques

Un demi-siècle après leur tournée dans l’Archipel, les Japonais adorent toujours les Beatles. Hoshika Rumiko, qui les a interviewés à plusieurs reprises, est très demandée.

Après la tournée au Japon, j’ai également suivi celle en Amérique du Nord, en août 1966. Au bout du compte, cela aura été le dernier concert des Beatles. Je les ai ensuite revus tous les ans, jusqu’à leur séparation en 1970. Durant cette période, j’ai assisté à des moments précieux de l’histoire des Beatles, et à des instants historiques. À ce propos, lors du concert d’ouverture de la tournée nord-américaine de 1966 à Chicago, John, qui était allé prendre une douche pendant une pause dans les répétitions, a surgi nu comme un ver devant moi en me demandant d’un ton très sérieux, « Rumi, lance-moi la serviette, là, sur la chaise devant toi ». Il paraît que c’était une blague.

En septembre 1967, j’ai aussi assisté à une séance d’enregistrement dans les studios d’EMI, pendant laquelle Paul et John ont mis ensemble la dernière main aux paroles de « Fool on the Hill ». D’ailleurs, ce jour-là, une Japonaise était assise dans un coin du studio : c’était Yoko Ono, qui épousa John à la fin de l’année.

J’étais aussi, par hasard, au fameux « rooftop concert » de janvier 1969. Je me trouvais à Londres pour le travail, sans lien avec les Beatles, quand un membre d’Apple Corps, la société qu’ils avaient fondée, m’a proposé de passer les voir se produire sur le toit d’un immeuble. Je pensais que c’était juste une rencontre à la bonne franquette, parce qu’ils étaient réunis pour la première fois depuis longtemps, mais à ma grande surprise, cette prestation a été suivie de la parution de l’album « Let It Be » et d’un film.

En 1970, l’annonce de leur séparation m’a attristée mais pas étonnée. Apple Corps rencontrait des difficultés depuis 1968 et, à part lors du « rooftop concert », les quatre Beatles ne s’occupaient presque plus de l’entreprise. Pour « Fool on the Hill », John et Paul avaient écrit les paroles en bonne entente, mais quand on écoute l’album « The Beatles » de 1968, l’album blanc, on comprend que les deux hommes s’étaient engagés dans des directions différentes. Je pensais bien qu’ils finiraient par partir chacun de leur côté.

L’impact de la venue des Beatles au Japon

Cinquante ans après leur venue au Japon, il m’est encore donné de parler des Beatles ainsi, ce que j’étais loin d’imaginer à l’époque. Avec le recul, la société japonaise s’est laissée séduire par les Beatles en un clin d’œil. Avant leur passage au Japon, les médias les présentaient comme de jeunes Britanniques un peu excentriques, et parfois l’extrême droite manifestait contre leur venue. Certaines personnes étaient opposées à l’idée de laisser de jeunes rockers aux cheveux longs se produire au Budôkan, haut lieu des arts martiaux.

Mais en cinq jours à peine, l’opinion publique a évolué, contrainte de reconnaître le phénomène Beatles. Après leur passage au Japon, les ventes de disques ont décollé et les médias les ont traités avec davantage d’égards. Même parmi les adultes qui ne s’intéressaient pas à leur musique, de plus en plus de gens reconnaissaient que leurs chansons étaient bonnes. Et dans le sillage des Beatles, il est devenu courant d’organiser de grands concerts au Budôkan. Il me semble que la venue des Beatles au Japon a permis d’alléger la pression qui pesait sur la jeunesse dans des domaines variés.

Au Japon, les événements autour des Beatles sont nombreux aujourd’hui encore. Beaucoup de fans continuent à chérir le souvenir de ce groupe.

(Texte par la rédaction de nippon.com, à partir d’une interview du 25 juin 2016. Photo de titre : concert des Beatles au Budôkan le 30 juin 1966, Jiji press. Photos de l’article fournies par Shinko Music.)