Un décalage qui ne date pas d’aujourd’hui

Pendant l’ère Meiji (1868-1912), l’Archipel s’est résolument transformé en un État moderne. Les Japonais ont tenu à montrer à leurs hôtes étrangers les résultats de leur travail acharné, entre autres les usines et les musées, de façon à leur prouver qu’ils étaient en train de rejoindre l’Occident industriellement et scientifiquement. En démontrant la puissance de l’État japonais, les nouveaux dirigeants espéraient par ailleurs se donner les moyens de renégocier les traités inégaux que le pays avait été contraint de signer lors de son ouverture, à la fin de la période d’Edo.

Les Japonais ont procédé de la même façon avec leur patrimoine architectural. En 1879, le général américain Ulysses S. Grant, président des États-Unis de 1869 à 1877, s’est rendu au Japon, et ses hôtes ont veillé à ce qu’il visite le Tôshôgû de Nikkô. Ils voulaient non pas tant lui montrer le somptueux sanctuaire shintô dédié à Tokugawa Ieyasu, le fondateur du shogounat d’Edo, que lui faire comprendre que les nouveaux dirigeants du Japon avaient réussi à renverser un régime féodal capable d’édifier une merveille architecturale aussi imposante.

Un pays peut avoir toutes sortes de raisons de vouloir attirer les visiteurs étrangers, depuis son orgueil national jusqu’aux bénéfices économiques qu’il espère en tirer. Mais les stratégies touristiques manquent souvent d’envergure dans la mesure où elles se bornent aux attractions les plus évidentes et les plus reconnues (voir article Pourquoi le Japon doit axer sa stratégie touristique sur la diversité). Ce point de vue étroit limite les possibilités des touristes et il entrave leur capacité à explorer et à découvrir de nouveaux centres d’intérêt. Le Japon est un pays où il y a encore beaucoup à faire en termes de découvertes, et les voyageurs étrangers capables de s’éloigner des sentiers battus proposés par les guides touristiques sont sans doute ceux qui sont les plus à même de dénicher de nouvelles merveilles.

(Photo de titre : le sanctuaire Arakura Fuji Sengen faisant face au mont Fuji, un panorama de rêve pour les touristes étrangers. Photographie de l’auteur)