Le « curry rice » n’est pas un plat indien

Le véritable « curry rice » (riz au curry) trouve son origine dans un plat de l’ordinaire des marins de l’ancienne marine de guerre japonaise. La marine japonaise avait été organisée sur le modèle de la marine anglaise, où les marins mangeaient souvent un ragoût épicé avec du curry provenant d’Inde, à l’époque colonie britannique.

Une chose est sûre. Le curry rice n’est pas un plat indien. Si l’on excepte des villes à forte communauté chrétienne telle Goa, il est hors de question que la majorité hindoue qui vénère la vache comme une divinité ait créé ce plat à base de viande de bœuf (ni même à base de porc, animal considéré comme impur).

Les forces d’autodéfense maritime actuelles ont hérité des traditions de l’ancienne marine de guerre et mangent encore, une fois par semaine, du riz au curry avec une salade et des fukujinzuke (des légumes, radis blancs, aubergines, racine de lotus ou concombres macérés dans une préparation à base de sauce de soja) et un verre de lait. Cette coutume a pour but de ne pas faire perdre le sens du jour de la semaine lors des longs séjours en mer.

Le riz au curry de la Marine de guerre à Yokosuka (photo de l’auteur)
Le riz au curry de la Marine de guerre à Yokosuka (photo de l’auteur)

Le curry rice est devenu un plat familial durant l’ère Shôwa (1926-1989), quand le roux de curry a commencé à être commercialisé. De nombreuses recettes dérivées ont depuis été créées, comme le curry udon et le curry pilaf. Le curry rice est aujourd’hui commercialisé en Inde… en tant que plat japonais !

Le nanbanzuke : le plus ancien plat occidental au Japon

Nous avons dit que l’histoire du yôshoku, la cuisine occidentale au Japon, avait débuté sous l’ère Meiji. Mais certains plats d’origine européenne étaient arrivés bien avant sur l’Archipel. Les Portugais sont venus sur l’île de Kyûshû, au sud-ouest, dès le XVIe siècle. Ce sont eux qui ont introduits les armes à feu au Japon. Leur objectif officiel était l’évangélisation et la conversion du pays à la foi catholique (et leur objectif à long terme était la colonisation). Si cela ne faisait pas partie de leurs objectifs conscients, ils ont également transmis une partie de leur culture alimentaire.

Le nanbanzuke (littéralement « plat mariné des barbares du sud ») en est un exemple typique. Il s’agit à la base d’une escabèche de poissons à chair blanche frits et marinés dans une sauce. Assaisonnée à la sauce de soja, c’est devenu un plat accordé au goût japonais, mais le reste de la recette est restée quasiment la même.

Nanbanzuke (photo de l’auteur)
Nanbanzuke (photo de l’auteur)

Le nom tempura, qui passe pourtant pour un plat qui symbolise à lui seul la cuisine japonaise, est en réalité d’origine portugaise, et la recette proviendrait d’une friture portugaise. De fait, alors que la pâte à tempura n’est en principe jamais assaisonnée, on le fait pourtant dans la région de Nagasaki. L’aspect plus moelleux est très proche de la friture occidentale.