Une nouvelle technique pour vaincre ses rivaux

Nakayama Takeyuki a terminé quatrième aux marathons des JO de Séoul et de Barcelone. Mais il est surtout entré dans la légende en battant en 1985 le record national du marathon, précédemment détenu par Seko Toshihiko, invaincu pendant de nombreuses années, ainsi que celui du 10 000 m en 1987.

« Comme je n’étais pas un coureur rapide, je savais que je ne pouvais pas rivaliser avec Seko ou les frères Sô (Shigeru et Takeshi, des jumeaux) en courant de la même manière. C’est pourquoi j’ai décidé d’adopter le style des kenyans, qui courent avec l’avant du pied. La technique n’était pas complexe en elle-même, mais le problème était d’arriver à tenir tout un marathon sans se blesser. »

Cette technique consiste à attaquer le sol et rebondir sur le côté du petit orteil droit. Il explique que pour réduire l’impact du coup de pied, il a développé une technique consistant à frapper le sol sur une ligne suivant son pied, plutôt qu’à un seul point.

« Le marathon, ce n’est pas comme au baseball ou au tennis, il n’y a pas de technique impressionnante à montrer au public. Mais je voulais que mon style soit élégant.Je me suis entraîné avec acharnement pour perfectionner un style à la fois beau et rapide et qui me permettrait de continuer à courir professionnellement. »

Nakayama Takeyuki remportant le marathon international de Fukuoka le 6 décembre 1987. (Jiji Press)
Nakayama Takeyuki remportant le marathon international de Fukuoka le 6 décembre 1987. (Jiji Press)

Pendant ses entraînements sur piste, Nakayama courait 25 tours en se chronométrant au dixième de seconde près tous les 400 mètres et s’efforçait de compenser son manque de vitesse avec sa technique. En regardant les images d’Ôsako lorsqu’il a battu le record japonais, il s’est rendu compte qu’ils couraient tous les deux de la même manière. Dans le cas d’Ôsako, c’est grâce à des matériaux légers et à l’utilisation de plaques de carbone dans les semelles qu’il a pu adopter l’attaque talon. En d’autres termes, l’obstacle que Nakayama s’est efforcé de surmonter dans les années 1980 a désormais été levé grâce aux innovations mises au point par les fabricants de chaussures.

Les risques liés aux semelles épaisses

Selon Kurosaki Yû, rédacteur en chef du magazine de course Runners :

« Les chaussures à semelle épaisse coûtent presque deux fois plus cher, mais elles sont très populaires auprès des coureurs amateurs, en particulier les jeunes. Cependant, chaque coureur a son propre objectif et quelqu’un avec un temps de quatre ou cinq heures sur un marathon ne se soucie sûrement pas tant que ça du type de chaussures qu’il porte. Changer de chaussures peut également être à l’origine d’un risque de blessure. Cette nouvelle technologie a profité au monde entier, mais j’ai l’impression que c’est surtout le Japon qui en a le plus bénéficié. »

Il n’y a toutefois pas que des points positifs avec ces chaussures. Usui Tetsuo prévient : « Les coureurs doivent suivre un entraînement adéquat sous risque de se blesser. Le déplacement vers l’avant du poids du corps peut causer des blessures au genou. » L’entraîneur d’Aoyama Gakuin, Hara Susumu, fait écho à ces propos, déclarant qu’il autorise uniquement ses coureurs à porter des chaussures à semelles épaisses lors des compétitions.

C’est précisément parce que le marathon jouit d’une popularité hors du commun au Japon que les progrès en termes de technologie des chaussures ont conduit à des améliorations des chronomètres. Après tout, en dehors des Jeux olympiques et des championnats du monde, le Japon est le seul pays à organiser des marathons féminins et des marathons exclusivement destinés aux coureurs de haut niveau. Et aucun autre pays ne diffuse des marathons dans leur intégralité en direct à la télévision. Un ami étranger m’avait un jour demandé très sérieusement : « Ce n’est pas ennuyant ? »

Depuis 1951 et la victoire au marathon de Boston de Tanaka Shigeki, alors âgé de seulement 20 ans, huit coureurs japonais ont remporté cette célèbre course, soit plus que n’importe quel autre pays. La fièvre du marathon et son esprit sont bel et bien ancrés au Japon : ne jamais abandonner jusqu’à la fin, que l’on soit jeune ou pas, et faire preuve de ténacité. Loin d’être ennuyeuse, cette bataille de plus de deux heures rassemble hommes et femmes de tous âges. Le marathon, avec le baseball, a soutenu le moral de tout un peuple pendant la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale. Il est vrai que depuis les années 1990 et l’essor du Kenya, les marathoniens japonais ont moins brillé sur les podiums. Mais aujourd’hui, le Japon a l’opportunité de rayonner à nouveau au niveau mondial. Alors que les athlètes japonais continuent d’améliorer leurs temps, l’écart entre le Japon et le reste du monde continue de se réduire. Dans le monde du marathon, le réel adversaire est le chronomètre et la vraie star est la technologie.

(Photo de titre : Suzuki Kengo après avoir remporté le marathon du lac Biwa Mainichi, battant le record du Japon avec un temps de 2 h 4 m 56 s. Jiji Press)