Une forteresse digne d’un shogun

Suite à la défaite du clan Hôjô dans le Kantô par Hideyoshi, Ieyasu a reçu l’ordre de reprendre leur ancien territoire et a fait le choix de s’installer à Edo (aujourd’hui Tokyo). Le décès de Hideyoshi en 1598 a entrainé une nouvelle lutte de pouvoir, et Ieyasu a obtenu le titre de « shogun » (chef des armées) en 1603, suite à la bataille de Sekigahara en 1600. C’est là que le château d’Edo est devenu le véritable siège du pouvoir.

Le développement du château d’Edo (où se trouve désormais le palais impérial) a fait partie des mesures appelées Tenka Bushin de mise en place d’infrastructure par le bakufu (le gouvernement des samouraïs). De nombreux seigneurs y ont participé. Les pierres utilisées pour la construction des murs ont été transportées par bateau d’Izu (aujourd’hui préfecture de Shizuoka) et Sagami (aujourd’hui préfecture de Kanagawa). On peut encore voir les traces des carrières le long de la côte de Shizuoka, dans les villes d’Itô et Futo.

On peut toujours voir les vestiges des carrières utilisées pour la construction du château d’Edo le long de la côte est de la péninsule d’Izu, dans la préfecture de Shizuoka. Certaines des grosses pierres ont encore des rangées de trous dans lesquelles on insérait des coins métalliques pour les fendre au marteau. (Pixta)
On peut toujours voir les vestiges des carrières utilisées pour la construction du château d’Edo le long de la côte est de la péninsule d’Izu, dans la préfecture de Shizuoka. Certaines des grosses pierres ont encore des rangées de trous dans lesquelles on insérait des coins métalliques pour les fendre au marteau. (Pixta)

La construction du Honmaru, le palais intérieur, a commencé en 1606 et c’est là ou a vécu Hidetada après avoir été nommé deuxième shogun en 1605. Les détails manquent mais une œuvre de l’époque raconte que le donjon « allait jusqu’au ciel » et que les murs étaient « blancs comme des sommets enneigés ». Ceci laisse penser que les murs étaient couverts d’enduit à la chaux.

Les illustrations d’époque indiquent qu’au départ, le château d’Edo a été conçu comme château fort. L’idée était d’en faire une forteresse encore plus imprenable que celle de Hideyoshi à Osaka, pour montrer au monde entier que le pouvoir était maintenant entre les mains des Tokugawa.

Un plan du château d’Edo en 1608, tiré de Keichô Edo-ezu (« illustrations d’Edo durant l’ère de Keichô » [1596-1615]). Cette illustration de l'édifice et de ses environs date probablement de la période suivant directement l’établissement du shogunat. (Image avec l’aimable permission de la Bibliothèque métropolitaine centrale de Tokyo, salle des collections spéciales)
Un plan du château d’Edo en 1608, tiré de Keichô Edo-ezu (« illustrations d’Edo durant l’ère de Keichô » [1596-1615]). Cette illustration de l’édifice et de ses environs date probablement de la période suivant directement l’établissement du shogunat. (Image avec l’aimable permission de la Bibliothèque métropolitaine centrale de Tokyo, salle des collections spéciales)

La construction du château des shogun Tokugawa s’est terminée en 1614, suite à l’addition de plusieurs complexes supplémentaires.

La base du shogunat à Kyoto

Là où le château d’Edo témoignait de la force des samouraïs, le château de Nijô affichait la puissance des Tokugawa à Kyoto. Achevé en 1603, l’année où Ieyasu est devenu shogun, c’est de là qu’il est parti pour se rendre au palais impérial remercier l’empereur de façon officielle après sa nomination.

C’est également au château de Nijô qu’Ieyasu recevait les visites de courtoisie des fonctionnaires de la cour. Le château a été édifié sur un terrain plat, avec un donjon de cinq étages entouré de douves, des murs de terre battue et des tours, ce qui en faisait un château conçu pour des conflits éventuels. Après le décès d’Ieyasu en 1625, un portail a été construit pour les visites de l’empereur. Nijô est ainsi devenu un site pour les cérémonies et a pris un aspect plus paisible.

Le portail de Higashi Ôte-mon du château de Nijô. Il a été construit en 1663. (© Pixta)
Le portail de Higashi Ôte-mon du château de Nijô. Il a été construit en 1663. (© Pixta)

C’est au château de Nijô que Tokugawa Yoshinobu, le dernier shogun, a cédé le pouvoir à l’empereur Meiji en 1867. Le château de Nijô est maintenant enregistré au patrimoine mondial de l’Unesco, parmi d’autres monuments historiques de l’ancienne Kyoto (voir la liste ici).

(Photo de titre : le château d’Okazaki, dont le donjon principal a été reconstruit en 1959. Pixta)