Sans faste et différente à bien des égards des auberges traditionnelles japonaises « tout confort », l’auberge Yuyado Sakamoto, niché au cœur de la péninsule de Noto, est un établissement d’une simplicité luxueuse. Elle sert des repas eux aussi d’une grande sobriété, mais qui mettent parfaitement en valeur les aliments de saison locaux. Le propriétaire, Sakamoto Shin’ichirô, nous expose sa philosophie.

Cinq conditions posées par un architecte de génie

Dans les auberges traditionnelles japonaises, à leur arrivée, les clients sont salués par les employés, parfois nombreux. Chez Yuyado Sakamoto, c’est le silence qui vous accueille.

« Chez nous, il n’y a personne pour accueillir la clientèle, et le service est réduit à sa plus simple expression. Le matin, c’est le chant du coq qui réveille les clients. Dans notre auberge, l’hospitalité n’est pas à la mode (rires). »

Le bâtiment paraît centenaire à première vue, mais en réalité, il a été entièrement reconstruit il y a une trentaine d’années. L’impression d’ancienneté tient aux piliers et aux parquets laqués de noir. Même si la ville de Wajima, célèbre pour ses laques, est tout près, cette substance est rarement utilisée en architecture. Il en existe cependant un exemple dans une auberge traditionnelle construite par l’architecte Takagi Shinji, originaire de Wajima, et M. Sakamoto s’était juré de faire appel à lui quand il ferait bâtir son propre établissement. Âgé d’une vingtaine d’années, il lui a fallu quatre ans et demi pour le convaincre de travailler ensemble.

L’entrée de l’auberge Yuyado Sakamoto, élégante de simplicité

« La philosophie de Takagi Shinji, c’est de construire ensemble le bâtiment ; nous avons travaillé ensemble en cuisine, voyagé ensemble, discuté jusqu’à plus d’heure chaque semaine. Il m’a posé cinq conditions : établir une liste de la faune et la flore aux alentours de la maison ; lui fournir une vue aérienne du bâtiment ; rassembler des informations sur les fêtes locales ; trouver une belle maison dans un paysage enneigé ; et enfin, sa cinquième demande était que je me marie. Ça, ça a pris du temps (rires). »

L’architecte a finalement bâti l’auberge sans tenir compte de cette dernière condition. C’est plus tard que M. Sakamoto a fini par rencontrer Mihoko, qui est devenue son épouse. À une époque où la mode était aux grands établissements thermaux de luxe, l’auberge toute simple lui avait plu, et elle y venait souvent depuis Osaka. Les deux futurs mariés partageaient la même sensibilité.

L’entrée, élégamment décorée d’un bouquet de narcisses du jardin
La clientèle annonce son arrivée grâce à un gong
Dans le vestibule en terre battue, un bassin pour se laver les mains, et un poêle pour la préparation du miso

L’auberge a été fondée par M. Sakamoto père. La sœur de Sakamoto Shin’ichirô, à l’âge d’un an, souffrait d’une maladie de peau et la famille venait ici pour lui prodiguer des soins thermaux avec l’eau d’une source curative qui jaillissait entre les rizières. C’est en discutant avec le propriétaire de l’établissement de soins que M. Sakamoto père a décidé d’ouvrir une auberge traditionnelle sur place.

« Davantage qu’une auberge, c’était un simple bâtiment à deux niveaux, l’ancienne remise d’une école qui avait été déplacée là. Après le décès de mon père, ma mère a continué à tenir l’établissement, mais les affaires marchaient mal. Il y a 44 ans, j’ai décidé de reprendre l’auberge. J’avais vingt ans. À vrai dire, je n’avais aucune intention de succéder à mes parents. Mon rêve d’enfant était de faire de la pâtisserie japonaise. Mais, en terminale, un jour où je faisais du trampoline, je me suis brisé les cervicales. J’ai passé deux ans à l’hôpital et je suis resté hémiplégique. »