La naissance d’un entrepreneur japonais
Alors, où et comment Kajiwara Fumio a-t-il acquis les compétences pour en arriver ici ?
K.F. Déjà au lycée, je savais que je voulais monter ma propre entreprise, et j’avais hâte d’arriver sur le marché du travail et de gagner ma vie. Je ne pensais pas qu’un diplôme universitaire me serait nécessaire. Mais j’ai compris qu’un chef d’entreprise qui réussit doit avoir de l’endurance physique et mentale ainsi que des compétences en matière de leadership et d’organisation. Et je me suis dit que la meilleure façon d’acquérir toutes ces capacités était de faire partie d’une équipe sportive universitaire. Je me suis donc inscrit à l’université du Tôhoku, qui avait l’une des meilleures équipes d’aviron du Japon à l’époque.
Mon diplôme en poche, j’ai d’abord visé une petite entreprise, où je pourrais acquérir rapidement de l’expérience dans divers aspects du métier. Je m’étais déjà fixé pour but de me mettre à mon compte trois ans plus tard environ. Mais rien de tout cela ne s’est produit. J’ai fini par travailler pour Recruit Cosmos, une grande entreprise très renommée. C’était à l’époque du scandale Recruit (*1). J’ai pensé que ce serait une occasion rêvée pour moi de voir comment une entreprise pouvait se relever alors qu’elle était vraiment en mauvaise posture. Vous savez, je peux parfois être très contradictoire !
Kajiwara Fumio a passé trois ans chez Cosmos, la filiale de développement immobilier de Recruit : un an à la division de conception, un an à la division commerciale et un an à la division de planification. Cette expérience lui a permis d’acquérir des connaissances et des compétences très variées.
K.F. Pendant mes années chez Recruit Cosmos, j’ai été frappé de voir à quel point l’entreprise était cloisonnée. Si quelqu’un à la planification ou à la conception présentait une idée, la division commerciale lui répondait : « Ce ne serait pas rentable » et c’était terminé. Ceux qui travaillaient dans la division design ne comprenaient pas le côté commercial des choses et ceux qui travaillaient dans la division n’avaient absolument aucune notion de design, donc il y avait inévitablement un fossé de communication entre les clients et les utilisateurs d’une part et les designers d’autre part.
Aujourd’hui encore, il n’est pas commun que planificateurs et designers parlent directement aux clients de l’aspect commercial d’un projet de développement. Mais comment pouvez-vous concevoir un hôtel adapté aux besoins du client sans comprendre le fonctionnement et la gestion de l’hôtel ? Moi, je ne pense pas que cela soit possible. C’est pourquoi mon entreprise a maintenu une approche unifiée, en proposant un ensemble complet et intégré incorporant ensemble planification, conception et gestion.
Grâce à cette approche, nous avons peu à peu acquis une expérience et un savoir-faire dans la gestion d’établissements très différents, des hôtels relativement haut de gamme aux auberges de jeunesse. En plus de Claska et d’Anteroom, nous avons également l’hôtel Kanra Kyoto, l’hôtel Edit Yokohama, On the Marks Kawasaki et le Bunka Hostel Tokyo.
Cap sur la Chine
Kajiwara Fumio s’est par ailleurs efforcé d’être présent sur le marché chinois, en pleine expansion. En fait, il n’est rentré que récemment au Japon après avoir vécu sept ans à Pékin et à Shanghai.
K.F. Vous savez, je pense que si vous voulez espérer être véritablement présent sur un grand marché émergent, vous devez vous y prendre tôt. Nous avons entamé notre premier projet de développement commercial en Chine en 2006, il y a donc 14 ans. Et en 2013, j’ai lancé UDS China, avec des bureaux à Pékin et à Shanghai. Je m’étais donné cinq ans pour mettre l’entreprise sur pied et la faire fonctionner là-bas, avant de me tourner vers le marché de l’Asie du Sud-Est. Mais la Chine m’a donné beaucoup de fil à retordre, et cela a pris sept ans au lieu de cinq.
À Pékin et à Shanghai, j’ai été subjugué par la qualité du personnel chinois : dévoué, passionné et capable de travailler dans un environnement très compétitif. Cette expérience m’a convaincu que les Chinois vont transformer l’industrie hôtelière, et probablement le commerce mondial en général. Certaines des recherches les plus avancées au monde en matière d’IA sont menées en Chine. Alors, quelle place reste-t-il à l’industrie japonaise dans la région ? Bien sûr, nous pouvons mettre à disposition nos technologies innovantes, mais je pense que ce qui fait notre force, ce sont avant tout nos atouts traditionnels : l’artisanat, la créativité et l’hospitalité.
Le premier projet de collaboration entrepris conjointement par UDS Japon et UDS Chine a été l’hôtel Muji à Pékin, qui a ouvert ses portes en juin de cette année. Cet établissement fait partie de la ligne de produits Muji (Ryohin Keikaku Co., Ltd.), et le plan, comme la conception ou la gestion vont tous dans le sens de la philosophie de Mujirushi Ryôhin (qualité à des prix abordables par la simplification et la rationalisation).
Et bien sûr, nous n’oublierons pas le petit-déjeuner. Il retiendra comme toujours tout notre plus grande attention. Nous y réfléchissons encore mais avec le temps, nous comptons révolutionner le concept tout entier du « petit-déjeuner à l’hôtel ».
(Photos de Kajiwara Fumio par Inomata Hiroshi. Photos du Muji Hotel avec l’aimable autorisation de Ryôhin Keikaku Co. Toutes les autres photos sont avec l’aimable autorisation de UDS)
(*1) ^ Le scandale Recruit est un scandale de délit d’initié et d’achat d’influence majeur qui a éclaté en 1988. Il a été révélé que le président de Recruit avait accordé un traitement de faveur à des politiciens et fonctionnaires du gouvernement en leur offrant des actions dans une nouvelle filiale immobilière, Recruit Cosmos, juste avant qu’elle ne soit nationalisée.



