Détruire pour reconstruire, c’est l’approche qui est de mise depuis des décennies dans le développement commercial du Japon. Kajiwara Fumio, lui, ne le voit pas de cet œil. Pour cet entrepreneur à l’esprit innovateur, au contraire, les bâtiments des années 1960 et 1970 sont des « reliques » auxquelles il a à cœur de donner une nouvelle valeur : un hôtel chaleureux qui mise tout sur le design... et le petit-déjeuner ! Des exemples de ses réalisations peuvent être trouvées à Kyoto ou Tokyo, et ses compétences ont aussi conquis Pékin.
« Le vieux c’est mieux »
L’approche de promotion immobilière commerciale de la société UDS de Kajiwara Fumio est peu banale : elle met l’accent sur la rénovation et l’innovation, ainsi que sur l’intégration verticale des processus de planification, de conception et de gestion. L’hôtel Anteroom Kyoto, qui a ouvert ses portes en 2011, est un excellent exemple des mille et un avantages qu’apporte cette méthode peu conventionnelle.
KAJIWARA FUMIO À l’origine, le bâtiment était un dortoir pour étudiants rattaché à un yobikô de Kyoto (une école préparant les futurs étudiants aux examens d’entrée à l’université de leur choix). Un grand nombre de ces écoles ont dû réduire leurs effectifs voire fermer, la population scolaire du Japon se réduisant telle une peau de chagrin. Devant un tel crève-cœur, le propriétaire du bâtiment lui-même est venu chez UDS, se demandant s’il y avait un moyen de trouver une autre utilisation à la propriété.
À l’époque, le côté sud de la gare de Kyoto était commercialement mort, malgré sa proximité avec la gare. Hôtels, cafés et centres d’activités communautaires ; tout y manquait. Nous voulions donc construire un hôtel qui changerait la dynamique en concentrant les activités touristiques et commerciales vers le quartier.
J’ai une formation en design architectural, je comprends donc aisément le désir des architectes de créer eux-mêmes de A à Z de nouveaux bâtiments ex nihilo. Mais les villes japonaises regorgent de bâtiments en béton construits pour durer au moins cinquante, parfois cent ans. Cela m’a paru paradoxal ; pourquoi devrions-nous continuer sans cesse encore et encore de construire de plus en plus de bâtiments, alors même que la population diminue ? J’étais aussi pleinement conscient des questions environnementales et j’ai eu le sentiment que si je devais m’engager dans le développement immobilier, ce ne serait pas n’importe comment ; de manière à minimiser l’impact sur l’environnement. Je me suis dit que la chose la plus la censée à faire était donc d’utiliser au mieux ce que nous avions déjà à portée de main.
Avec l’hôtel Anteroom, nous nous sommes justement refusés à construire un bâtiment de zéro. Au contraire, nous avons préféré en rénover et en réaménager un vieux. Restait encore à ce que les clients adhèrent à notre pensée : « le vieux c’est mieux ».
Soigner le petit-déjeuner : une garantie de satisfaction des clients
C’est dans cet esprit-là que UDS a conçu ce nouvel hôtel autour du thème « art et culture ». Sous la direction artistique du sculpteur Nawa Kôhei, des œuvres d’art contemporain ont été disséminées çà et là dans le bâtiment, et la décoration des différentes chambres a été confiée à différents artistes de renom. L’hôtel comprend également un appartement de service à l’usage d’un « artiste à résidence ».
Ne restait plus que le problème du petit-déjeuner…
K.F. Du point de vue de la gestion d’une entreprise, le type de petit-déjeuner le plus rentable est un menu quotidien fixe. C’est pourquoi aux quatre coins du Japon, les hôtels d’affaires servent peu ou prou chaque jour les mêmes petits-déjeuners aux mêmes tarifs. Mais les clients, eux, sont-ils vraiment satisfaits de cela ? J’en doute.
À Anteroom, nous sommes parvenus à élaborer un menu de petit-déjeuner créatif, renouvelé quotidiennement, tout en pratiquant des tarifs qui n’excèdent pas ceux d’hôtels d’affaires.
Pour les repas, la plupart des hôtels misent tout sur le dîner. Nous avons pensé qu’il était temps de changer la donne. L’industrie hôtelière japonaise s’est beaucoup transformé ces dernières années. Le secret, c’est qu’elle s’adapte à un grand nombre de touristes à la recherche d’un hébergement à prix raisonnable. À mon avis, on ne peut pas espérer rivaliser sur la seule base de l’efficacité. Le plus important est de se demander ce qui rend vos clients heureux. Un bon petit-déjeuner leur donne l’énergie nécessaire pour bien commencer leur journée, et c’est également lui qui laisse la dernière impression avant le départ. Les clients qui prennent un bon petit déjeuner juste avant de partir sont plus susceptibles de repartir satisfaits et impatients de revenir. Après, c’est un cercle vertueux ; si les clients sont satisfaits, le personnel est plus motivé et c’est l’atmosphère de l’hôtel tout entier qui en bénéficie.
(Voir notre article lié : Petit-déjeuner à l’hôtel Anteroom de Kyoto, un établissement où l’art contemporain est roi)
Au Japon, UDS a été l’un des premiers à s’intéresser à la rénovation et à la conversion de bâtiments anciens en hôtels-boutiques. L’hôtel Claska Meguro à Tokyo, qui a ouvert en 2003, fut le premier établissement à inaugurer le concept.
K.F. Le quartier de Meguro était aussi un peu éloigné des principaux centres d’affaires et des grandes artères de la ville, mais ce quartier nous plaisait. Il y avait beaucoup d’artistes entre autres créateurs qui y habitaient. Et dans la rue Meguro-dôri, où se trouvait l’immeuble, il y avait plein de boutiques de décoration d’intérieur intéressantes. La propriété elle-même, un hôtel construit vers 1970, était en mauvais état, mais j’ai véritablement eu le coup de foudre et dès que je l’ai vue, j’ai su que nous pourrions en faire quelque chose qui stimulerait le développement de la communauté.
Dans ce bâtiment, maintenant, vous trouverez un café, une galerie, un salon de toilettage pour chiens et un espace de travail pour les artistes, de sorte que l’hôtel est devenu un lieu de rassemblement polyvalent, intéressant pour toute la communauté et les quartiers environnants, et pas seulement pour les clients de l’hôtel.
Lorsque nous avons commencé à rénover le bâtiment qui allait devenir l’hôtel Claska, c’est à ce moment-là que j’ai vraiment compris la nécessité pour les hôtels de créer une nouvelle valeur en vue de la satisfaction des clients. Concevoir et gérer un hôtel, c’est épuisant. Personne ne tiendra si nos efforts ne sont pas récompensés par la joie de nos clients.





