Il était une fois un photographe-essayiste qui adorait sa ville de Hakodate, sur l’île de Hokkaidô au nord du Japon. Accompagné de son Leica préféré, il accumulait les prises de vues du célèbre port, comme pour fixer ses différents visages et ses différentes expressions…

Une vie pure et tranquille au monastère

Neuf moines trappistes sont venus de France et se sont installés dans une nature sauvage et pierreuse. C’était il y a 120 ans. Ces trappistes de l’abbaye de Citeaux, habitués aux environnements rudes, les friches où poussent les joncs de Bourgogne, fondèrent leur abbaye à Tôbetsu, à côté de Hakodate.

Vierge à l’enfant

Une statue de la Vierge à l’enfant est accrochée dans la cathédrale. Elle fut la première œuvre d’un jeune sculpteur aujourd’hui devenu mondialement renommé, Funakoshi Katsura. C’est une réalisation absolument remarquable, en bois de camphrier, d’un style très novateur. Pour l’artiste lui-même, qui est un chrétien catholique, l’existence du monastère revêtait une grande importance. On lui avait passé commande d’une statue de la Vierge tenant l’enfant Jésus, pour être posée sur un socle. Or, pendant un an, il fut incapable de se mettre au travail. Ce n’est que lorsqu’il comprit que la Vierge Marie aussi avait connu la souffrance qu’il put enfin saisir son burin et commencer.

Les moines du monastère se lèvent à 3 heures et demie du matin, et se couchent à 8 heures du soir. Ils mènent une vie de prière en silence, de travail et de lecture (Lectio divina), une vie extrêmement réglée et calme.

Fête de Pâques (2000)

Monastère cistercien de Tôbetsu

La cloche qui résonne sur la pente

Lorsque j’étais étudiant, j’habitais une chambre d’étudiant à Tokyo, mais je rentrais à Hakodate pendant les vacances d’été. Après le train de nuit de la gare d'Ueno jusqu’à Aomori, il fallait encore prendre le ferry entre Aomori et Hakodate. Quand je levais les yeux sur le mont Hakodate, je me disais « Enfin rentré ! ». En voyant tous les chemins qui s’élevaient sur le mont à partir de la plaine, j’étais pris d’une intense nostalgie et d’une grande émotion devant une telle beauté.

Les nombreux incendies du passé ont en effet enseigné aux habitants de Hakodate que le meilleur moyen de lutter contre ces désastres était de construire des avenues rectilignes, partant du port pour aller vers la montagne. On compte 18 de ces avenues en pente pour ne parler que des principales. Toutes portent gravées en elles l’histoire de drames historiques, remontant à l’origine de la ville, c’est-à-dire à l’ouverture du port. En guise d’illustration, il y a l’histoire de cet obus tiré d’un navire militaire, qui atterrit sur la table du commerçant anglais Blakiston à l’heure du petit déjeuner et emporta la nappe, lui faisant une belle frayeur.

L’avenue Daisan-zaka au printemps (2010)

L’avenue Daisan-zaka est ma préférée. Quand je descends ses pavés et que résonne la cloche de l’église catholique de Motomachi sur le côté, en passant devant les élégantes demeures aussi bien japonaises qu’occidentales de part et d’autre, je ressens pleinement la quintessence de Hakodate. Aucune surprise si la Daisan-zaka fait partie des « 100 plus belles rues du Japon »… Les maisons les plus traditionnelles ont été rénovées, et aujourd’hui, si vous sirotez un café au rez-de-chaussée du café « She Told Me », vous pouvez tout à fait vous croire transportés dans le East Village à New York.

L’avenue Daisan-zaka en hiver (2017)

Daisan-zaka

  • Accès : à 5 mn à pied de la station de tramway « Jûjigai »
  • Carte :Daisan-zaka