Ensevelis en un instant

Abritée dans le vallon nord du mont Asama, le village de Kanbara sortit indemne de la folie du volcan. Certes, le terrifiant événement avait usé les nerfs de ses habitants, mais ces derniers avaient profité de l’accalmie de la montagne afin de prendre du repos. Il est dit que ce choix, justement, fut un facteur décisif dans la tragique destinée sur laquelle Kanbara se dirigea par la suite : s’ils étaient partis travailler dans les champs comme à leurs habitudes, les villageois auraient eu une chance de pouvoir échapper au drame.

En 1979, des fouilles mirent à jour les restes de deux femmes qui périrent alors qu’elles tentaient de monter les marches vers le Kannon hall, un pavillon dédié à la déesse Kannon. (Photo avec l’aimable autorisation de musée historique de Tsumagoi)
En 1979, des fouilles mirent à jour les restes de deux femmes qui périrent alors qu’elles tentaient de monter les marches vers le pavillon Kannon. (Photo avec l’aimable autorisation de musée d’histoire de Tsumagoi)

Une avalanche meurtrière se dirigeait en effet vers Kanbara, où le grondement menaçant du magma, des rochers massifs et des fragments de pierre alerta les habitants. Malheureusement, il était trop tard pour fuir. Progressant à une incroyable vitesse, ce ne fut qu’une question de minutes avant que l’amas de terre brûlante ne s’effondre sur la ville, engloutissant avec lui les villageois qui couraient désespérément, carbonisant maisons, bâtiments et champs…

Perché en hauteur du village, au bout d’un escalier en pierre, un seul lieu offrait une occasion d’échapper à une mort certaine : le Kannon-dô, un pavillon bouddhique dédié à Kannon, la divinité de la compassion. Selon les archives, 93 personnes uniquement, soit moins d’un sixième de la population, parvinrent à escalader les 50 marches salutaires. Mais certains périrent à quelques pas de la survie… Ce fut le cas de deux femmes, dont leurs restes ont été mis à jour lors de fouilles en 1979. La position des corps suggère que la plus jeune des deux portait sur le dos sa compagne plus âgée lorsqu’elles trouvèrent la mort sous des gravats fumants. Peut-être étaient-ce deux sœurs…

Le lahar finit sa route dans la rivière Agatsuma, tout au bout de la ville, transformant l’eau en un torrent mortel qui râpait le bord des rives. L’écoulement boueux descendit rapidement jusqu’à atteindre le fleuve Tone, plus grand, et fit des ravages dans le sud et l’est de la région.

Une gravure représentant le torrent destructeur dans la ville de Satte, aujourd’hui préfecture de Saitama (photo avec l’aimable autorisation de Misaizu Hiroo).
Une gravure représentant le torrent destructeur dans la ville de Satte, aujourd’hui préfecture de Saitama (Photo avec l’aimable autorisation de Misaizu Hiroo)
Des rochers qui avaient été déposés par le lahar lors de la catastrophe, à Kanbara.
Des rochers qui avaient été déposés par le lahar lors de la catastrophe, à Kanbara.