La dissuasion dynamique : un concept qui ne se prête pas à révision
Sur le front international, politique étrangère et sécurité incluses, la plus grande question qui se pose au gouvernement Abe va être celle du comportement à adopter face à la montée en puissance de la Chine.
M. Abe s’est donné comme principe de base le renforcement des capacités défensives du Japon et de ses relations avec les États-Unis. Il projette de remanier la version actuelle des Principes directeurs pour le Programme national de défense, adoptée en 2010 par le gouvernement mené par le PDJ, dans l’idée d’augmenter le budget de la défense et de revoir l’interprétation officielle de la Constitution de façon à permettre l’exercice du droit à la légitime défense collective. Il envisage aussi la mise en place d’un Conseil national de sécurité, chargé de formuler des stratégies et des politiques globales à long terme et, à plus longue échéance, il caresse l’idée d’amender la Constitution et de renommer les Forces d’autodéfense de façon à les identifier explicitement en tant qu’armée du Japon.
En ce qui concerne les Principes directeurs pour le Programme nationale de défense, Onodera Itsunori, le ministre de la Défense du gouvernement Abe, a annoncé son intention de revenir sur certains points, dont les réductions prévues des effectifs des Forces terrestres d’autodéfense et le concept de « dissuasion dynamique », et d’augmenter les crédits affectés à la défense. Mais le Japon n’est pas en position de procéder à des hausses significatives en ce domaine. Le gouvernement doit aller de l’avant avec les réductions prévues des effectifs des FTAD et relever les défis urgents que constituent le renforcement des capacités dans le Sud-Ouest — région dont l’importance s’est accrue en termes de défense — et l’amélioration des équipements des Forces maritimes et des Forces aériennes d’autodéfense. À cet égard, le remplacement de l’ancien concept de « force défensive de base » par celui de « défense dynamique » au titre des principes directeurs adoptés en 2010 sous le gouvernement du PDJ était tout à fait fondé. L’idée de revenir en arrière sur ce point semble n’être rien de plus que l’expression d’une certaine hostilité au PDJ et de l’adhésion de l’actuel gouvernement libéral-démocrate aux positions affichées par les FTAD. Même le Yomiuri Shimbun, un journal en général très favorable à M. Abe, s’est prononcé contre la remise en cause de ce projet dans un éditorial du 11 janvier.
Créer un Conseil national de sécurité et reconnaître le droit à la légitime défense collective
En deuxième place sur la liste des initiatives que M. Abe souhaite prendre en matière de politique étrangère et de sécurité, viennent la création d’un Conseil national de sécurité (CNS) et l’autorisation de l’exercice du droit à la légitime défense collective. Le premier gouvernement Abe (2006-2007) a rédigé un projet de loi visant à mettre sur pied un CNS, mais M. Abe a démissionné avant que cette instance ne voit le jour et son successeur, Fukuda Yasuo, a mis son veto à la réalisation de ce projet. Pourtant, le PDJ lui-même est fondamentalement favorable à cette initiative. C’est quelque chose qui s’impose si l’on veut surmonter l’esprit de clocher endémique au Japon et concevoir des politiques à long terme traitant de la sécurité sous tous ses aspects. Le PDJ, comme je l’ai dit, est foncièrement en faveur de cette initiative, que le Parti de la restauration du Japon et Votre parti soutiennent également, et j’espère donc que le gouvernement actuel va se dépêcher de la mettre en œuvre. À cette fin, il conviendrait en outre d’éviter de se laisser entraîner dans un conflit improductif avec d’autres partis à propos des ligne directives de 2010 sur la défense.
En ce qui concerne la légitime défense collective, un comité, constitué sous le premier gouvernement Abe pour se pencher sur la question, a rendu un rapport au premier ministre Fukuda en 2008, mais le gouvernement de ce dernier n’a donné aucune suite.
Le rapport du comité en question, qui avait à sa tête Yanai Shunji, ancien ambassadeur du Japon aux États-Unis, allait au fond du problème. Il signalait notamment que, sans l’exercice du droit à la légitime défense collective, il serait impossible de prendre les décisions appropriées pour protéger les navires des États-Unis ou se défendre contre des missiles. Ces questions ont pris un caractère beaucoup plus immédiat maintenant que la possibilité existe que le Japon et les États-Unis agissent de façon concertée dans le voisinage des îles Senkaku et que la Corée du Nord est en mesure de tirer des missiles jusque dans les eaux entourant les Philippines. Si la position du gouvernement devait changer, le public n’y verrait probablement rien à redire.
Certes, divers partis politiques et organes des médias, accoutumés à des décennies de pacifisme, s’opposeraient peut-être vivement à la légitime défense collective. Comme en outre le droit japonais est fondé sur le principe des compétences énumérées, selon lequel le gouvernement n’est en droit de ne rien faire qui ne soit explicitement autorisé par la législation, même si l’équipe au pouvoir changeait son fusil d’épaule et décidait que l’exercice du droit à la légitime défense collective est conforme à la Constitution, elle n’en serait pas moins contrainte de modifier substantiellement la Loi sur les Forces d’auto-défense avant de pouvoir agir. Ce qui pourrait bien s’avérer difficile, compte tenu des réticences du Nouveau Kômeitô, partenaire du PLD dans la coalition au pouvoir, à l’égard de cette initiative.
Pourtant, dans une perspective mondiale, cette révision s’impose tout naturellement. La Chine et la Corée du Sud sont toutes deux en mesure d’exercer leur droit à la légitime défense collective. Le Japon n’a aucune raison d’hésiter à se conformer aux normes internationales en vigueur en ce domaine. Le gouvernement doit faire le nécessaire à cette fin.
