La révision de la Loi sur les Forces d’auto-défense
À l’ordre du jour de M. Abe figure également l’amendement de la Constitution, et notamment des clauses de l’Article 9 portant sur la renonciation à la guerre. Le premier paragraphe de cet article se contente d’énoncer l’objectif de règlement pacifique des litiges, une aspiration partagée partout dans le monde. Sa révision n’a pas lieu d’être et rares sont ceux qui la réclament. Le deuxième paragraphe stipule qu’ « il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes ou autre potentiel de guerre », mais les FAD existe bel et bien, et ceci constitue un amendement de facto de la clause. Il se trouve toutefois que beaucoup, dans les rangs du PLD, ne voient pas les choses ainsi et souhaitent une révision en bonne et due forme de cette clause. Au titre de la proposition d’amendement de la Constitution, l’existence d’une armée nationale serait reconnue et les Forces d’autodéfense (« Jietai ») dans leur état actuel seraient rebaptisées « Force de défense nationale » (« Kokubôgun »). En japonais, le nouveau nom contiendrait le mot gun, qui se traduit par « armée ». Mais en anglais ou en français, l’appellation resterait pratiquement la même, et je ne pense pas que son adoption revête une grande importance. Il devrait être possible de trouver la réponse appropriée à cette question en procédant à une révision de la Loi sur les FAD.
Le règlement des questions ci-dessus relatives à la politique de défense n’est pas la seule tâche à laquelle le Japon doit s’atteler ; il doit aussi garantir la stabilité de ses relations avec la Chine et la Corée du Sud. Le gouvernement Abe doit agir avec circonspection dans le litige avec la Chine à propos des îles Senkaku et dans les différents avec la Corée du Sud à propos de Takeshima (une île revendiquée par les Japonais est occupée par les Coréens, qui l’appellent Dokdo) et des « femmes de confort » au service des soldats nippons pendant la guerre.
Étudier ensemble l’histoire : un bon moyen de promouvoir le dialogue avec la Chine et la Corée du Sud
En ce qui concerne l’archipel des Senkaku, des voix se sont élevées pour proposer que le contrôle exercé par le Japon sur ces îles, actuellement inhabitées, soit renforcé, que l’administration y détache du personnel ou que des installations y soient construites, mais il semble que M. Abe ait décidé de ne pas donner suite dans l’immédiat, tout en se réservant la possibilité de remettre ces propositions sur la table à une date ultérieure, en tant que monnaie d’échange dans les négociations avec la Chine.
Avant de devenir premier ministre, M. Abe a parlé de réviser deux déclarations ayant trait aux relations du Japon avec la Chine et la Corée du Sud, à savoir les excuses exprimées par le premier ministre Murayama Tomiichi en 1995, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, et celles, prononcées en 1993 par Kôno Yôhei, alors secrétaire en chef du cabinet, à propos des « femmes de confort ». Mais si Tokyo revient sur cette dernière déclaration, les difficultés vont s’aggraver avec Séoul, et le Japon devra en l’occurrence se passer du soutien des États-Unis. Beaucoup de membres du PLD considèrent que la déclaration de M. Kôno était entaché d’un vice de procédure et qu’elle n’était pas corroborée par des preuves suffisantes. Les partisans de sa révision sont particulièrement nombreux parmi les proches de M. Abe. Une possibilité consisterait à mettre sur pied un programme international de recherches universitaires. Mais c'est quelque-chose qui ne relève pas d'une supervision de haut niveau.
Fujiwara Kiichi, professeur à l’Université de Tokyo, expert éminent et réputé de gauche, a écrit qu’il peut comprendre l’idée de revoir la politique en matière de sécurité et qu’un amendement du deuxième paragraphe de l’Article 9 pourrait même être acceptable, mais que toute tentative de réinterprétation de l’histoire du Japon serait malvenue (Asahi Shimbun, 26 décembre 2012). Je trouve intéressant que son point de vue coïncide avec celui de bien des commentateurs qui, comme moi, se situent au centre.
La meilleure chose que le Japon puisse faire pour la stabilité de ses relations avec la Chine et la Corée du Sud, c’est à mon avis de s’engager dans un dialogue à propos de l’histoire. C’est au premier gouvernement Abe qu’on doit la création du Comité mixte sino-japonais de recherche historique (dont j’ai été le président pour la partie japonaise), ainsi que le lancement d’un deuxième cycle de recherche conjointe sur l’histoire avec la Corée du Sud. Je souhaite que le second gouvernement Abe réactive ce genre d’initiatives.
Dans le cadre du projet de recherche mixte sino-japonais auquel j’ai participé, nous avons tenté d’élaborer des « histoires parallèles » présentant côte à côte les positions des deux pays. J’aimerais qu’un pas de plus soit franchi dans cette direction, grâce à la rédaction de petits livres de lecture où les enfants pourraient trouver des exposés concis des versions des deux pays. Dans l’état actuel des choses, les habitants de la Chine et de la Corée du Sud ignorent tout des positions du Japon, et celles de la Chine et de la Corée du Sud ne sont pas très bien connues dans l’Archipel. Si, par exemple, on parvenait à informer les Coréens des raisons pour lesquelles le Japon considère que Takeshima fait partie de son territoire, on arriverait pour le moins au stade de l’« accord sur le désaccord ». Tel devrait être notre objectif.
