La défense d’un statu quo sans avenir

Jusqu’à une date récente, les Japonais favorables à un accord régional de libre échange nageaient, semble-t-il, contre un puissant courant de l’opinion hostile au TPP. Et de fait, l’opposition du secteur agricole et du secteur de la santé était si virulente qu’elle a paralysé le gouvernement précédent.

Durant le sommet commercial USA-Asie qui s’est tenu à Tokyo en mars 2012, Wendy Cutler, représentant adjoint du commerce des États-Unis pour les affaires concernant le Japon, la Corée et l’APEC, a expliqué sans ambages que le TPP « n’a pas vocation à forcer le Japon et d’autres pays à privatiser leur système d’assurance maladie [...] pas plus qu’il n’a vocation à contraindre des pays à ouvrir la porte aux fournisseurs privés de services de santé, y compris dans le cas des services médicaux dits “mixtes“. » En fait, il n’existe pas de lien direct entre le TPP et les soins de santé. Et pourtant, des organisations comme l’Association médicale du Japon — déjà inquiète quant à la viabilité du régime d’assurance maladie universelle — continuent de recourir à des accusations alarmistes de ce genre pour faire campagne contre le TPP.

Il en va de même pour l’opposition en provenance du lobby agricole. Le secteur agricole est d’autant plus hypersensible à tout ce qu’il perçoit comme une menace que le vieillissement des agriculteurs japonais fait planer une ombre d’incertitude sur l’avenir de cette activité. Mais l’agriculture japonaise ne va pas résoudre ce genre de problèmes en se repliant sur elle-même et en défendant le statu quo. Ce dont elle a besoin, c’est d’initiatives audacieuses pour se moderniser. Elle pourrait, par exemple, augmenter la taille des exploitations ou encourager les investissements en provenance d’autres secteurs ainsi que les exportations de produits agricoles. La baisse ou la suppression des droits de douane exposerait indubitablement nombre de produits agricoles japonais à une rude concurrence internationale, mais c’est précisément pour cette raison que la participation au processus du TPP a le potentiel de stimuler l’innovation dans des domaines qui lui ont jusqu’ici résisté.

Recadrer le débat

D’un autre côté, on entend souvent proclamer que la participation au TPP va multiplier la croissance économique par un nombre x de points de pourcentage. Malheureusement, ma propre expérience d’économiste m’a appris qu’on peut faire dire à peu près tout ce qu’on veut à ce genre d’analyses.

Au bout du compte, les discussions pour savoir si le Japon a plus à gagner qu’à perdre, ou le contraire, en devenant membre du TPP sont dénuées de sens et ne mènent nulle part. Pour commencer, l’accord en est encore au stade des négociations et on ne saura jamais sur quoi celles-ci peuvent déboucher si on leur donne pas pour le moins une chance d’exister. Ensuite, l’évaluation que chacun peut faire des gains et des pertes varie selon la perspective qui est la sienne. Enfin, les secteurs qui perçoivent le changement comme une menace s’exprimeront toujours plus bruyamment que ceux qui ont de bonnes chances d’être gagnants. Voilà pourquoi les secteurs d’activité hostiles à la participation du Japon font beaucoup parler d’eux et ceux qui souhaitent que le pays rejoigne les négociations sont plus discrets.

Plutôt que de poursuivre ces discussions futiles sur les avantages et les inconvénients relatifs d’un accord qui reste purement hypothétique, nous ferions mieux de nous engager dans un débat plus productif et d’aborder les questions fondamentales qui touchent à l’objectif d’un tel accord et aux raisons que nous avons d’y prendre part. Or les deux camps ont jusqu’ici ignoré ces questions clés, les partisans du TPP répétant à l’envi que tout ira bien et ses adversaires proférant des cris d’alarme sur les domaines où il risque d’y avoir des problèmes. C’est ainsi que cette vaine discussion continue interminablement.