Les zones stratégiques spéciales nationales, pour créer le hub mondial des affaires

Toute tentative de réforme des règlementations pour stimuler l’économie se heurte invariablement à ceux qui souhaitent protéger leurs intérêts. Mais les « zones stratégiques spéciales nationales », l’un des piliers de la stratégie de croissance des Abenomics également voulues par les élus de grandes municipalités comme Osaka et Nagoya, visent à faire de ces villes, en combinant déréglementation active et mesures budgétaires, les cités les mieux adaptées aux affaires dans le monde entier.

Dans cette optique, plusieurs mesures doivent être mises en œuvre. Premièrement, la taxe professionnelle doit être abaissée. Cela permettra d’augmenter le taux de rentabilité des investissements. La taxe professionnelle actuelle comprend des abattements spéciaux, reflétant les intérêts de divers secteurs, qui grèvent la base des revenus fiscaux. En remettant à plat ces mesures et abattements variés, il serait possible d’abaisser le taux de taxation, sans pour autant diminuer les revenus fiscaux. En outre, si la taxe professionnelle locale était supprimée dans les zones stratégiques spéciales à l’initiative des élus locaux, l’effort demandé aux entreprises en serait fortement allégé.

Deuxièmement, dans le cadre du relèvement du coefficient d’occupation des sols, il faudrait dédommager adéquatement les habitants et soutenir ceux qui s’engagent dans la construction d’immeubles de taille moyenne. Ces mesures relèvent avant tout des municipalités. Par ailleurs, pour encourager la participation d’investisseurs étrangers, il est nécessaire d’aménager des hôpitaux haut de gamme, capables de travailler dans des langues étrangères. Et faire bénéficier les écoles internationales des mêmes avantages fiscaux que les écoles privées faciliterait leur installation dans les zones spéciales.

Le troisième point porte sur le travail des étrangers. En admettant que soit maintenu le principe traditionnellement défendu par l’Etat japonais, à savoir « oui aux travailleurs qualifiés, non aux travailleurs sans qualification », le cadre de ce qu’est un « travailleur qualifié » ne doit pas être fixé de façon arbitraire, mais interprété au sens large. Certaines professions comme les médecins, les infirmiers ou les avocats, ceux qui sont qualifiés dans un autre pays développé, les meilleurs stagiaires étrangers à l’issue de leur période de stage ou encore les étudiants étrangers diplômés d’une université japonaise avec de bons résultats doivent pouvoir obtenir un visa de travail.

Le développement régional équilibré est l’un des piliers de la stratégie économique japonaise. Durant la période de forte croissance économique, l’objectif était, sur la base d’importants revenus fiscaux, de mettre l’accent sur les infrastructures sociales dans les régions dont le développement économique avait pris du retard et d’y attirer les entreprises du secteur privé, mais cette stratégie a porté peu de fruits. Pour sortir de la longue période de morosité économique actuelle, une stratégie de croissance axée sur les grandes villes, où la rentabilité des investissements est plus importante, pour y attirer des investissements privés nationaux et internationaux est nécessaire. C’est là tout le sens des zones spéciales stratégiques nationales.

Le rôle important du Conseil sur la politique économique et fiscale

Pour promouvoir la déréglementation, facteur clé de la stratégie de croissance, certaines conditions doivent être remplies, notamment un débat de fond entre les principaux ministres sur la nécessité de cette réforme, une transparence suffisante sur les données qui nourrissent ce débat, ou encore le soutien affirmé du premier ministre. L’organisme chargé de remplir ces fonctions est le Conseil sur la politique économique et fiscale, composé des six principaux ministres en charge des questions économiques, de quatre membres issus du privé nommés par le premier ministre et du gouverneur de la Banque du Japon.

Outre une commission sur la déréglementation, une autre commission, sur la compétitivité industrielle (composée de 7 ministres et 10 membres issus du privé) a également été mise en place. Il s’agit d’un lieu de débat sur la déréglementation, mais, au bout du compte, cette commission servira sans doute à fournir des documents au Conseil sur la politique économique et fiscale dans le respect de la volonté du premier ministre.

La réforme des systèmes existants et la déréglementation ont posé d’importants problèmes politiques lors de la privatisation des services postaux, sous le mandat de Koizumi Junichiro. Mais cette fois-ci, la déréglementation sera en lien étroit avec la macro-économie. Parce qu’à l’heure où le montant faramineux des émissions de bons du Trésor ne cesse d’augmenter, une stratégie de croissance indépendante des finances publiques est nécessaire. Pour conserver la confiance des investisseurs japonais et étrangers qui soutiennent les obligations japonaises, la mise en œuvre de la stratégie de croissance doit être concrète. La déréglementation, pilier de la stratégie de croissance des Abenomics, a pour particularité d’être appuyée par les règles du marché.

(Texte original en japonais.)