Une « aide à visage découvert »

La part de l’aide publique au développement japonaise consacrée au financement de l’assistance internationale dispensée par les ONG japonaises reste encore minime par rapport à son volume total. Les partisans d’une coopération entre l’APD et les ONG ont réussi à protéger ces précieuses allocations malgré les énormes pressions exercées par leurs adversaires pour opérer des coupes drastiques dans cette partie du budget de l’État. Mais le taux de croissance de l’APD du Japon n’en a pas moins ralenti. Dans le budget de 572,7 milliards de yens consacré par le gouvernement japonais à l’APD pour l’exercice 2011, à peine 7,3 milliards – soit 1,3 % – étaient affectés au soutien des projets des ONG concernant les pays en développement ou au renforcement de leurs capacités. Je pense que, dans un avenir proche, le gouvernement devra augmenter de 10 à 20 % les allocations destinées aux ONG afin que celle-ci puissent non seulement s’affirmer pleinement en optimisant les résultats de l’APD mais aussi mettre en œuvre une « aide à visage découvert » sur le terrain. Dans un premier temps, il faudrait que les fonds destinés aux ONG constituent au moins 5 % du budget de l’aide publique au développement.

Si les ONG japonaises se lancent dans des projets plus audacieux financés par le gouvernement, elles devront, bien entendu, faire preuve de capacités opérationnelles à la hauteur de leurs ambitions et d’une transparence des comptes absolue. Le gouvernement sera sans doute contraint d’appliquer des critères plus rigoureux dans le choix des ONG chargées de ce type de projets et il devra contrôler leurs activités avec la plus grande attention. Depuis vingt ans, la capacité organisationnelle des ONG japonaises n’a pas cessé de progresser. Peace Winds Japan, l’organisation non-gouvernementale que j’ai fondée, a déjà mis en œuvre plusieurs projets dont le budget se chiffrait en milliards de yens. Nous avons naturellement fait contrôler nos activités par des audits externes et gardé une transparence complète de nos comptes.

En revanche, la gestion des grandes organisations internationales en matière d’allocations perçues au titre de l’aide au développement semble quelque peu opaque. D’après un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères que je connais de longue date, on est en droit de se poser des questions sur l’efficacité d’une grande partie de l’aide étrangère qui transite par les agences de l’Organisation des Nations unies (ONU) et d’autres organisations internationales du même type. Qui plus est, le travail effectué par ces agences ne contribue guère – voire pas du tout – à renforcer la présence du Japon ou à améliorer son image sur le terrain. Sans aller jusqu’à prétendre que ces fonds sont dépensés en pure perte, on peut se demander si le gouvernement japonais ne ferait pas mieux d’envisager d’en confier une partie à des ONG japonaises ayant la capacité et l’ambition de se lancer dans des projets de grande envergure.

Un autre problème qui se pose, c’est celui des restrictions qui vont de pair, à l’heure actuelle, avec l’utilisation des fonds de l’aide publique au développement. Pour une ONG, mettre en œuvre un projet d’aide dans un pays en développement implique non seulement des coûts directs mais aussi des frais de gestion, y compris les bureaux et le personnel de son siège social. Or dans l’état actuel des choses, le gouvernement japonais considère que seules les dépenses directement engendrées par un projet peuvent être financées par des dons ou des subventions au titre de l’APD. Les ONG sont donc contraintes de puiser dans leurs propres ressources pour assumer des coûts importants. Le poids que font peser ces restrictions sur le budget des organisations non-gouvernementales est d’autant plus lourd que leurs projets sont importants, ce qui les met dans une position particulièrement embarrassante. Pour augmenter l’aide véhiculée par les ONG sans les mettre dans une situation intenable, le gouvernement devrait autoriser ces organisations à but non lucratif à demander des frais de gestion d’un montant équivalant à 10 à 15 % du budget total de chaque projet.

Un système à l’échelle de la région Asie-Pacifique

En ce moment, je m’efforce de mettre au point un système régional d’aide mutuelle en cas de catastrophe majeure, une structure comparable à celle de Japan Platform, qui engloberait une grande partie de l’Asie. L’Alliance pour la gestion des catastrophes dans la région Asie-Pacifique (APADM), créée en novembre 2012, regroupe déjà cinq pays à savoir la Corée du Sud, l’Indonésie, les Philippines, le Sri Lanka et, bien entendu, le Japon. Son secrétariat se trouve à Tokyo et le gouvernement japonais s’est engagé à lui verser 300 millions de yens pour financer ses activités.

Chaque pays membre de l’APADM est censé se doter d’un système intersectoriel semblable à celui de Japan Platform et les différentes plates-formes nationales ainsi créées entretiennent des relations de coopération et d’entraide mutuelle. On peut espérer que le partenariat des gouvernements, du secteur privé et des organisations à but non lucratif aura un effet de synergie sur les appels de fonds et l’efficacité opérationnelle de ce système.

Après le séisme et le tsunami catastrophiques qui ont dévasté le nord-est du Japon en mars 2011, Japan Platform a collecté plus de 7 milliards de yens (environ 50,475 millions d’euros) de dons en provenance du secteur privé. Si les entreprises à croissance rapide des marchés émergents de l’Asie s’impliquent dans le projet de l’APADM, nous pourrons disposer de moyens d’intervention conséquents en cas de catastrophe régionale.

À l’instar de Japan Platform, le but premier de l’Alliance pour la gestion des catastrophes dans la région Asie-Pacifique est de faire face aux cataclysmes naturels, une priorité absolue pour les pays de la région. Mais nous envisageons aussi d’élargir par la suite le champ des activités de l’APADM à d’autres urgences humanitaires entre autres celles provoquées par des conflits régionaux. Un de nos objectifs majeurs à long terme, c’est de préparer la région à affronter un exode massif de réfugiés en cas de chute du régime actuel de la Corée du Nord. Enfin nous espérons aussi que nous pourrons contribuer à la prévention des conflits, à la protection des minorités ethniques et à l’égalité hommes-femmes, comme l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).