Intégrer la protection sociale et la réforme des finances publiques

Le Japon, nous l’avons vu au début de cet article, n’a guère progressé dans le traitement des problèmes auxquels se heurte la population en âge de travailler, alors même que son budget de protection sociale ne cesse d’augmenter. Mais tout n’est pas perdu. S’il parvient à créer de nouveaux liens entre protection sociale et sécurité de l’emploi, le pays pourra renforcer simultanément ses capacités d’inclusion sociale et celles de la population active à prendre en charge le vieillissement démographique. En fait, il y a déjà un certain temps qu’il s’efforce de restructurer son système de protection sociale dans l’idée de remettre sur pieds et de rénover le modèle japonais d’État-providence.

La volonté de réforme a commencé à se manifester sous le gouvernement précédent – mené par la coalition entre le Parti libéral-démocrate et le Kômeitô –, avec les deux comités sans obédience politique mis en place, le premier en 2008 par le cabinet du Premier ministre Fukuda Yasuo, et le second en 2009 par celui du Premier ministre Asô Tarô. C’est à ces comités qu’on doit les premières analyses du système japonais de protection sociale fondé sur l’emploi, analyses qu’ils ont conduites parallèlement à leur réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour renforcer la protection sociale en vue de faire face au viellissement de la population et au déclin démographique.

Les progrès dans cette direction ont connu un coup d’arrêt à l’automne 2009, quand le Parti démocrate du Japon est arrivé au pouvoir, mais, sous la tutelle du Premier ministre Kan Naoto, le gouvernement du PDJ a réaffirmé sa détermination à poursuivre la réforme de la protection sociale. En février 2011, le cabinet de M. Kan a mis sur pied une nouvelle commission de réforme, qui a gardé dans ses rangs plusieurs membres-clés des deux comités précédents. La commission Kan a insisté sur la nécessité de sortir de l’ancien système, où la balance penchait lourdement en faveur des personnes âgées, pour adopter un dispositif répondant aux besoins de toutes les tranches d’âge.

Entre temps, toutefois, la dette publique avait atteint 200 % du PIB. Confronté à la montée des préoccupations quant à la viabilité budgétaire, le gouvernement PDJ a proposé des réformes de la protection sociale axées sur la population en âge de travailler, couplées au redressement des finances publiques via une augmentation de la taxe sur la consommation et diverses mesures visant à maîtriser les dépenses liées aux pensions de retraite et aux soins de santé. Cette politique a reçu le nom de « réforme globale du système de protection sociale et des finances publiques ».

La réforme de la protection sociale en tant que condition de la croissance

En décembre 2012, juste avant le retour au pouvoir de la coalition PLD-Kômeito, le PDJ, le PLD et le Kômeito sont parvenus à un accord en vue de poursuivre la réforme globale du système de protection sociale et des finances publiques, notamment en augmentant de 10 % la taxe sur la consommation pour contribuer au financement de plus de mille milliards de yens de dépenses supplémentaires de service de garderie et autres formes de soutien aux soins aux enfants. L’accord portait aussi sur la mise en place d’un nouveau Conseil national de réforme du système de protection sociale. En août 2013, ce conseil a soumis ses recommandations au cabinet du Premier ministre Abe Shinzô.

Il reste que le gouvernement actuel doit encore formuler clairement les grandes lignes de son projet de réforme de la protection sociale. Il ne fait pas de doute que le gouvernement Abe place la croissance économique plus haut que la réforme systémique de l’État-providence japonais dans la liste de ses priorités. La hausse convenue de la taxe sur la consommation, entrée dans sa première phase en avril 2014, a été accusée de freiner la reprise, à la suite de quoi le gouvernement a décidé de remettre à plus tard la seconde phase, initialement prévue pour 2015. Vu le lien qu’il a établi entre la réforme de la protection sociale et la hausse de la taxe, le gouvernement a aujourd’hui du mal à faire avancer la première. Ce qu’il doit garder présent à l’esprit, c’est qu’il ne saurait y avoir de reprise stable et inclusive sans restructuration du système de protection sociale.

En tant que premier État-providence en dehors du monde occidental, le Japon est confronté à un défi sans précédent, puisqu’il doit simultanément se battre pour restructurer son système de protection sociale et faire face à un vieillissement de la population d’une ampleur inconnue ailleurs. La rénovation, en vue du xxie siècle, du système à la japonaise fondé sur l’emploi constitue une entreprise de grande envergure et le reste du monde va observer de près cette expérience pour en connaître l’issue.

(Photo de titre : le robot Robear mis au point au centre de recherche scientifique Riken, est destiné à des tâches d’assistance aux soins aux personnes âgées. Jiji Press)