Okinawa victime de discrimination

Les Japonais qui ne sont pas d’Okinawa n’ont pas pleinement conscience des difficultés qu’ont subies les Okinawaïens, ni du sentiment de discrimination dont ils souffrent. Lorsqu’on leur rappelle que 74 % de la surface du territoire japonais occupé par les forces armées américaines sont concentrés à Okinawa, l’un des plus petits des 47 préfectures que compte le Japon, les gens se disent « ce n’est pas juste », mais cela s’arrête là. Et si le chiffre enregistré par Okinawa atteint aujourd’hui un niveau aussi disproportionné, c’est tout simplement parce que, depuis 1972, année de la restitution d’Okinawa au Japon, les réductions de la présence militaire américaine dans ce pays se sont essentiellement limitées aux îles principales de l’Archipel. Au cours des décennies qui se sont écoulées entre temps, la surface des bases situées sur ces îles a diminué de 65 %, à mesure de la fermeture des grandes bases situées notamment à Tokyo et dans la préfecture voisine de Kanagawa, alors qu’à Okinawa les bases ne perdaient que 20 % de leur surface.

Ce chiffre de 74 % ne sera pas facile à réduire. La fermeture de bases à Okinawa fera baisser le dénominateur aussi bien que le numérateur de la fraction, si bien que le pourcentage ne variera guère. Pour obtenir une diminution significative du chiffre, il faudra que les fermetures de bases à Okinawa s’accompagnent d’une augmentation de la surface des bases situées ailleurs au Japon. Mais, hormis Iwakuni, aucun autre site des îles principales n’a accepté de se charger d’une partie du fardeau qui incombe actuellement à Okinawa. Tout ce que l’on entend se réduit à des discours sur la nécessité d’un rééquilibrage. Hashimoto Tôru, quand il était gouverneur de la préfecture d’Osaka, a bien suggéré d’y transférer une base, mais aucun autre gouverneur n’a formulé une proposition similaire.

Le fossé émotionnel entre Okinawa et le reste du Japon est profond. Dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, l’armée japonaise a traité Okinawa comme un simple pion, qu’elle a sacrifié pour la défense des îles principales, contraignant ses habitants à servir de boucliers humains contre l’avance des forces américaines. Ce souvenir a laissé aux Okinawaïens une profonde méfiance à l’égard de leurs compatriotes des îles principales.