Concilier travail à temps partiel et tâches ménagères

Peu après cette période où elles se sont entièrement consacrées à leur foyer, les Japonaises se sont mises à travailler de plus en plus souvent. Dans les années 1970, le mouvement féministe a connu un grand essor dans le monde, y compris au Japon qui a adopté une Loi sur l’égalité des chances en matière d’emploi en 1986. Les crises pétrolières ont par ailleurs provoqué une baisse des salaires masculins qui a souvent obligé les femmes mariées à travailler. Malheureusement, la plupart d’entre elles ont dû se contenter d’emplois à temps partiel mal rémunérés.

Les Japonaises n’en ont pas moins été contraintes de continuer à assurer la totalité des tâches ménagères, sans doute à cause de leur position précaire dans la société japonaise. Ce qui veut dire qu’elles devaient faire les courses, la cuisine et le ménage tout en travaillant à temps partiel.

Leurs maris considéraient que les tâches ménagères étaient réservées aux femmes. Il est vrai qu’ils étaient si absorbés par leur emploi qui les retenait pendant de longues heures loin de chez eux qu’ils auraient eu bien du mal à y participer, à supposer qu’ils en aient eu l’intention. Les plats préparés ou à emporter étaient alors de plus en plus courants mais la plupart des femmes culpabilisaient à l’idée d’avoir recours à une telle solution.

Kobayashi Katsuyo : une bénédiction pour les femmes très occupées

C’est alors que Kobayashi Katsuyo (1937-2014) est arrivée sur le devant de la scène. Cette femme expert culinaire a fait un tabac en proposant des recettes et des techniques simplifiant énormément le processus d’élaboration des plats.

Kobayashi Katsuyo est née dans une famille de marchands d’Osaka. Sa mère aimait cuisiner et son père était un amateur de bonne chère n’hésitant pas à mettre lui aussi la main à la pâte. Leur fille avait donc un goût développé pour la nourriture mais quand elle s’est mariée, elle ne savait pas faire la cuisine. Le premier repas qu’elle a préparé a été une catastrophe. Cet épisode peu glorieux l’a poussée à s’initier à l’art culinaire. Elle a demandé conseil à sa mère et aux commerçants à qui elle achetait du poisson et des produits frais. La façon dont elle a appris à cuisiner par elle-même est devenu l’un de ses atouts.

Kobayashi Katsuyo est devenue un expert culinaire professionnel un peu par hasard en suggérant aux responsables d’une émission de variétés de la télévision d’y ajouter une séquence consacrée à la cuisine, pour la rendre plus vivante. Le producteur lui a répondu en lui demandant de prendre en charge elle-même cette partie du programme. Kobayashi Katsuyo a ainsi préparé dans les studios de la télévision des plats dont elle avait appris la recette dans diverses boutiques et autres restaurants.

Avec le temps, la jeune femme a acquis de l’expérience et pris de l’assurance tant et si bien qu’elle est devenue une vedette de la télévision. Elle s’est trouvée si occupée qu’elle s’est mise à proposer des recettes toutes simples. Le succès auprès du public a été immédiat et la notoriété de la présentatrice encore plus grande.

Kurihara Harumi : le modèle de la maîtresse de maison épanouie

Les choses ont encore changé quand les enfants n’ayant connu que la prospérité de l’après-guerre ont atteint l’âge adulte.

Les Japonaises de cette génération avaient appris à cuisiner auprès de leurs mères qui connaissaient de nombreuses recettes et préparaient plusieurs plats différents tous les jours. Le monde de la restauration était par ailleurs en pleine expansion ce qui leur avait aussi permis de se familiariser avec de la cuisine réalisée par des professionnels.

Un des experts culinaires qui a le mieux répondu aux attentes de cette génération est Kurihara Harumi, née en 1947. Elle est devenue très populaire en mettant au point de nouvelles façons d’aborder les recettes en modulant les ingrédients et l’assaisonnement. Elle a montré qu’on pouvait améliorer les préparations les plus basiques et se faire des petits plats rien que pour soi. En donnant d’elle-même l’image d’une maîtresse de maison épanouie, Kurihara Harumi a par ailleurs encouragé de nombreuses femmes à devenir des experts culinaires.

Depuis le début du XXIe siècle, les plats préparés et la nourriture servie dans les restaurants ont fait de grands progrès et ils sont de plus en plus appréciés. Tant et si bien que beaucoup de femmes ne se sentent pas de taille à affronter une telle concurrence et finissent par cesser de cuisiner. Par ailleurs, plus leur statut social s’améliore, plus les Japonaises ont tendance à être actives, ce qui leur laisse peu de temps pour faire la cuisine. Elles font maintenant partie du monde de l’entreprise où elles passent une grande partie de leur vie. Tant et si bien que le nombre des Japonaises qui ont actuellement un emploi est plus élevé que celui des femmes au foyer et que le recours aux plats préparés est une pratique de plus en plus courante.

Mais les experts culinaires n’en continuent pas moins à se multiplier et les librairies regorgent de livres de cuisine où l’on trouve toutes les recettes possibles et imaginables. On peut donc espérer que les Japonais, même s’ils ont tendance à acheter de plus en plus souvent des plats préparés, sont encore très nombreux à s’intéresser à la façon de cuisiner eux-mêmes leurs repas.

(Photographies de titre : à gauche Kobayashi Katsuyo, en 1985 ; à droite, Kurihara Harumi, en 2008. Jiji Press)