Suite à l’exceptionnelle allocution télévisée de l’empereur Akihito dans laquelle il avait exprimé indirectement son désir de se retirer, le Premier ministre Abe Shinzô a constitué un comité consultatif de six membres chargés d’élaborer une solution législative au problème de l’abdication, pour lequel rien n’est prévu dans la loi japonaise actuelle. Dans l’interview exclusive que nous publions ici, Mikuriya Takashi, le président par intérim du comité, nous offre des éclaircissements sur le processus qui a débouché sur la recommandation d’adopter des textes législatifs à cet effet.
Un empereur « aux côtés du peuple »
——La question de l’abdication a fait surface dans les médias avant même que l’empereur Akihito exprime ses propres sentiments à la nation en août dernier, mais c’est son allocution télévisée qui a vraiment fait bouger les choses. Quelle a été votre réaction personnelle au message vidéo de l’empereur ?
Mikuriya Takashi Ce qui m’a impressionné, c’est son insistance sur ce qu’il a appelé ses « devoirs en tant que symbole de l’État », par opposition aux tâches ordinaires attachées à sa fonction(*1). L’empereur a visité un grand nombre de régions sinistrées au cours de ces dernières années. Après le tremblement de terre et le tsunami qui ont ravagé le Tôhoku en 2011, puis après les séismes qui ont frappé Kumamoto en 2016, il s’est mêlé aux victimes et les a réconfortées. Il a également continué à se rendre sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale. J’ai pu me rendre compte à quel point il prenait au sérieux ses activités en tant que « symbole de l’État. »
Maintenant, en raison de son âge avancé, l’empereur ne peut plus s’acquitter comme il le voudrait de ce rôle, et il souhaite passer le flambeau à son héritier. Tel était son message, et je l’ai trouvé très émouvant. Dans le même temps, il m’a semblé un peu dur que l’empereur actuel fasse peser ce fardeau sur le prince héritier. D’autres membres du comité consultatif ont exprimé le même point de vue. Son père, l’empereur Shôwa, a suivi un chemin, et l’empereur actuel en a suivi un autre. Aujourd’hui encore, je ne suis pas du tout convaincu que ce soit une bonne chose que de demander au prochain empereur de se plier aux mêmes normes que l’empereur actuel.
En second lieu, j’ai été frappé par la référence aux rites funéraires impériaux et aux cérémonies associées. Traditionnellement, ces rituels se prolongent pendant plusieurs années et exigent une mobilisation massive de personnel, selon un protocole dont l’empereur a été directement le témoin après la mort de son père. Le message était qu’il vaudrait mieux simplifier et alléger ces pratiques. Si l’empereur quittait le trône avant sa mort, la nécessité de suivre le rituel dans son intégralité disparaîtrait. Cela m’avait échappé.
Enfin, j’ai remarqué son attachement à l’idée d’être « aux côtés du peuple » et « proche » du peuple. Dans un certain sens, la vision qui imprégnait son discours est celle d’un « empereur voyageur », qui bouge et s’active plutôt que de rester reclus dans son palais. À l’avènement de la télévision, il s’est fait un devoir d’aller se mêler au peuple, telle est selon lui la conduite qu’un empereur se doit d’adopter à notre époque.

