Manger, c’est vivre
Il y a dix-sept ans, le livre « Restructuration dans la cuisine : la méthode Uotsuka » avait beaucoup fait parler de lui à cause de son sous-titre : « Manger pour 9000 yens par personne et par mois ». Un budget alimentation de 9000 yens seulement avait fait l’effet d’une énorme surprise pour les Japonais à l’époque de l’effondrement de la bulle spéculative. Le sujet avait fait tache d’huile et le livre de M. Uotsuka était devenu un best-seller.
M. Uotsuka explique : « Pour tous les légumes à racine, carotte, rhizome de lotus, bardane (salsifis), radis blanc, comme pour le potiron, coupez vos restes en fines tranches et laissez-les sécher sur un panier ou un treillis au soleil. Au bout d’une semaine, quand ils ont perdu toute leur eau, mettez-les dans un bocal. Vous pouvez les conserver ainsi six bons mois sans souci. Il suffit de les faire tremper dans l’eau une nuit pour en faire une délicieuse soupe miso. »
C’est un bon exemple d’une vraie richesse d’habitude alimentaire qui ne génère ni déchets inutiles, ni surcoût. La seule chose qu’il ne faut pas économiser, c’est son temps.
« De cette façon, il y a toujours des réserves de nourriture à la maison. Je peux rester un mois entier à travailler à la maison sans sortir faire les courses, et sans me priver de manger ! Alors puisque la question des réserves de vivres est devenu un sujet d’actualité depuis le séisme, ce mode de vie, pratiqué quotidiennement, évitera à tout le monde de paniquer en cas d’urgence. »
Pour le petit déjeuner, il dispose plus de dix petits plats variés sur la table. Il est grand amateur de sashimi et ne se prive pas de boire du saké. En revanche, il ne mange presque jamais au restaurant. Il fait la cuisine lui-même, y compris le bentô pour son épouse qui est employée. Il n’a pas la climatisation. En été, il aère avec un ventilateur ou son éventail, et l’hiver, il se chauffe au charbon de bois dans l’âtre central. « Je n’ai absolument pas la sensation de vivre de façon incommode », dit-il… et ce n’est pas de l’orgueil !
Cela fait plus de vingt ans que M. Uotsuka tient le journal de ses habitudes alimentaires. Il y consigne tout : de la liste des courses aux fiches recettes journalières. On y suit également au fil des ans l’évolution des prix des denrées alimentaires au Japon.
« Le menu quotidien donne une bonne vision de l’évolution de la société, en plus d’une trace de mes préférences culinaires personnelles. Ce journal représente une sorte de mémoire sociale et personnelle. Quand j’avais quatorze ans, j’ai eu un accident et j’ai perdu la vue à l’œil gauche. J’ai eu de la chance de ne pas mourir. Cela m’a fait réfléchir et je me suis demandé : « Qu’est-ce que vivre ? Comment doit-on vivre ? » Il m’a semblé que la base, c’était que pour vivre, il fallait manger. Manger, c’est vivre. Et dans le même temps, vivre chaque jour signifie s’approcher peu à peu de sa mort. Pour vivre sa vie le plus pleinement possible, il faut donc être attentif à son alimentation. J’ai l’impression que le moment est venu pour le Japon de donner une nouvelle direction à son désir de consommation : de l’infiniment grand vers l’infiniment petit. »
(Texte : Sakurai Shin. Photos : Kawamoto Seiya)



