Donner une impulsion à tous les jeunes qui se destinent à la mode
— En 2010, vous avez lancé un nouveau magazine de mode, The Reality Show. Pouvez-vous nous en parler ?
GODOY C’est un mélange des nombreux éléments très nouveaux qui existent maintenant au sein de la mode et des médias : le niveau des leaders de la mode street contre celui des rédactrices de mode, les média personnel connectés contre les média mainstream, la « fast fashion » contre la mode designer. Au croisement entre une photo prise dans la rue, un blog, et un beau livre avec une vraie qualité de fabrication. Les gens réels composent leur look avec des vêtements de marque. Le magazine est réalisé sur papier, et nous le travaillons sur internet aussi. Par exemple, j'ai collaboré au casting pour le deuxième numéro avec les websites Drop Tokyo et Tokyo Dandy. Ce sont deux sites de mode et culture japonaise, suivis par ceux parmi les jeunes d’aujourd’hui qui sont les plus sérieux concernant la mode, le style et le design aujourd’hui.
Les icônes de la mode japonaise qui possèdent les personnalités les plus remarquables, habillés avec goût par les grandes marques internationales. Le concept est « Épiphanie du podium à la vie réelle ». Photos par Araki Nobuyoshi, extraites du n° 2 de Reality Show, 1er juin 2011.
Les mannequins et les marques (de gauche à droite et de haut en bas) : KIko Mizuhara (actrice) x Balenciaga, Nam HyoJun (artiste) x Yves Saint Laurent, Fuyuko Matsui (peintre) x Louis Vuitton, Plasticzooms (groupe de musique) x Jil Sander, Rina Ohta (mannequin) x Prada, Maaya (mannequin) x Chloé, Shunsuke (étudiant) x Givenchy, Kaori (manager de boutique) x Dior, Jessica Michibata (mannequin) x Lanvin, Nakao (salariée) x Tom Ford
Je les ai approchés et je leur ai demandé de choisir leurs dix jeunes modèles préférées en tant que candidates pour The Reality Show. Je suis allée les voir eux parce que je voulais faire partie de cette communauté des jeunes les plus créatifs du Japon aujourd’hui. Et ces sites sont énormément vus par les professionnels de la mode internationale qui les suivent en permanence, et ça vous dit que vous pouvez être sûrs qu’ils sont très pertinents. Nous avons fait un casting durant trois jours sur le web, avec les internautes qui votaient pour les designers et les modèles qu'ils voulaient voir dans le magazine. C’est de là que nous sommes partis.
Mais ce qui est important, c’est de creuser plus loin que juste parler de gens qui sont célèbres et s’habillent cool. Au Japon, il y a peu de modèles forts, alors j'essaie de choisir des gens qui essaient de faire quelque chose, qui ont vraiment une voix unique et quelque chose à dire. J’espère que le projet va inspirer d'autres jeunes intéressés par la mode, il n’y en a plus beaucoup qui rêvent.
La mode japonaise possède une force qui dépasse les subcultures
— Vous avez un grand succès en tant que chercheur et auteur sur la mode japonaise. Mais ce n’est pas la même chose que créer vos propres images. Que préférez-vous faire?
GODOY Oh, je pense que les deux sont très liés. La mode n'est pas seulement une image : C'est une histoire qui explique pourquoi cette image est nécessaire. Ce qui m’intéresse, c’est d’aider à créer des expériences connectées à un aspect visuel. C'est de la communication, que ce soit sur internet ou sur iPad. C’est de parler d’une voix éditoriale pour raconter une histoire. Et une partie de cette histoire se raconte à travers du visuel.
— Ce que vous faites est assez éloigné des principaux magazines. On dirait que cela ne vous intéresse pas d’entrer dans la cour des grands, vous êtes une créative.
GODOY Exactement ! Dans la mode en général, vous avez "le sommet de la pyramide", occupé par des marques avec une longue histoire, qui sont sur la beauté, comme Chanel, Hermès… des marques avec un ADN très fort. Mais ce qui m’intéresse aussi ce sont les gens qui sont au sommet de la pyramide dans le sens qu’ils entraînent les autres à faire de nouvelles choses. Les gens sont beaucoup plus conscients de la mode et de la culture de mode aujourd'hui qu'il y a dix ans. Ces producteurs de sites japonais, ou les leaders de la mode street sont célèbres dans toute l’Asie. Ils ont une énorme influence en Corée et en Chine.
C’est pourquoi je n’appelle pas cela une subculture : nous parlons de culture dominante, ici.
Photos de l’interview : Igarashi Kazuharu
Propos recueillies par Yata Yumiko










