Des pagodes millénaires antisismiques

Une autre caractéristique de la tour ultra moderne Tokyo Skytree, c’est qu’elle reprend la technique millénaire du shinbashira, le pilier central des anciennes pagodes à cinq étages japonaises. Ces édifices en bois ont traversé les siècles sans être affectés outre mesure par les tremblements de terre grâce à leur pilier central qui n’est pas solidaire du reste de l’édifice.

Il n’existe pratiquement aucun témoignage historique faisant état de l’effondrement d’une pagode à cinq étages de ce type à la suite d’un séisme. Une des raisons de la résistance étonnante de ces édifices aux secousses sismiques, c’est leur pilier central indépendant du reste de la structure, qui en cas de séisme, oscille à la manière d’un pendule et absorbe la poussée horizontale des secousses.

La tour Tokyo Skytree est probablement le premier édifice moderne qui a repris la technique du shinbashira pour assurer la résistance de la structure aux séismes. Le centre de la tour est occupé par un cylindre en béton armé d’acier de 375 mètres de haut, qui fait 8 mètres de diamètre et pèse 11 000 tonnes. Le tiers inférieur de ce cylindre, qui va jusqu’à une hauteur de 125 mètres, est fixé solidement à la structure de la tour. Les deux tiers supérieurs du pilier, qui culmine à 375 mètres, ne sont pas soudés au reste de la tour. La partie du shinbashira qui n’est pas fixée à la structure peut osciller librement et ses mouvements sont absorbés par les amortisseurs hydrauliques placés entre le pilier central et les poutres qui l’entourent. Quand un tremblement de terre lui inflige une secousse horizontale, le pilier central oscille à une fréquence différente de celle de la tour, ce qui a pour effet de contrebalancer la secousse et de préserver la stabilité de l’édifice. Avec ce type de structure, le déplacement latéral engendré par un séisme peut être réduit de 50 %. L’efficacité du shinbashira de la Tokyo Skytree a été testée dès avant l’achèvement des travaux. Quand le séisme dévastateur du 11 mars 2011 a frappé le nord-est du Japon, la tour était encore en cours de construction, mais le dispositif antisismique a fonctionné comme prévu et toutes les personnes qui travaillaient sur place ce jour-là en sont ressorties indemnes. La structure n’a pas été affectée et le 18 mars, soit à peine une semaine plus tard, on a posé un paratonnerre au sommet de la tour, ce qui a porté sa hauteur totale à 634 mètres.

Des couleurs traditionnelles pour une tour ultramoderne

Les couleurs choisies pour l’éclairage de la tour s’inspirent directement de l’esthétique traditionnelle de la ville d’Edo, capitale shogounale du Japon de 1603 à 1868. (Photo : EPA / Jiji)

La catastrophe du 11 mars a retardé de quelque deux mois la fin des travaux, qui était à l’origine prévue pour la fin de l’année 2011. Le 22 mai 2012, le jour où la tour a ouvert ses portes, son sommet était malheureusement environné de nuages de pluie, mais cela n’a pas empêché quelque 220 000 personnes de la visiter.

Ce jour-là, quand la nuit est tombée, les spectateurs ont eu droit à une illumination de la tour dans des couleurs inspirées de la tradition japonaise. Un bleu « iki », c’est-à-dire dans l’esprit de la plus pure tradition de l’esthétique et de l’art de vivre développés par les habitants de la ville d’Edo et du quartier de la rivière Sumida, entre 1603 et 1868. Un mauve pâle « miyabi », autrement dit d’une élégance raffinée. Deux couleurs symbolisant l’esthétique qui a inspiré les bâtisseurs du nouveau point culminant de la ville de Tokyo. Le soir de l’inauguration, ces deux couleurs se sont subtilement mêlées à celles des lumières de l’éclairage de la tour. Le lendemain quand le jour s’est levé, les nuages avaient disparu et laissé place à une tour d’un blanc légèrement bleuté, la nuance indigo la plus pâle que l’on puisse obtenir, qui se dressait dans un ciel bleu étincelant.

L’entreprise Tôbu Railway, qui est propriétaire du Tokyo Skytree, affirme que ce projet avait dès le début pour ambition de créer « un paysage urbain qui transcende le temps ». On peut dire que cet objectif a été pleinement atteint dans la mesure où la tour s’inscrit dans le cadre ultramoderne de la capitale tout en incarnant les principes architecturaux traditionnels les plus anciens du Japon.

(D’après un article en japonais de Yanagisawa Miho)