Unir l’artisanat palestinien avec l’artisanat japonais

Mme Yamamoto a choisi de créer un partenariat d’affaires avec Inash al Usra, une organisation à but non lucratif pour la formation des femmes palestiniennes, qui produit des broderies de grande qualité depuis plus de 50 ans. Les brodeuses sont des villageoises dont l’association soutient l’indépendance économique.

Une brodeuse pour Inash al Usra, dans la banlieue ouest de Ramallah (Photo avec l’aimable autorisation de l’ICEJ)

Mme Yamamoto, qui s’est rendue plus de dix fois en Palestine au cours des quatre dernières années, a elle-même visité les villages alentour où vivent les brodeuses.

« Je leur ai montré comment porter le kimono et comment nouer le obi. Elles ont été enthousiastes pour participer à ce projet. Et j’espère que le fait de voir leur travail apprécié par des gens si loin de là leur apportera une nouvelle fierté pour leur travail et leur culture. »

Il lui est arrivé de se trouver en désaccord avec les gens de Inash al Usra concernant le processus de production.

« Il arrivait que le produit ne soit pas conforme à la commande. Au début, j’achetais quand même, en me disant qu’il n’y avait pas le choix. Puis je me suis dite que ce n’était pas la bonne façon de faire, ni pour eux, ni pour moi. Et je me suis décidée à devenir plus sévère sur le respect des engagements et les produits défectueux. Les consommateurs japonais, eux, sont exigeants et ne transigent pas sur la qualité. »

L’extérieur de la broderie palestinienne est en coton, cousue sur une doublure en soie de Nishijin (Kyoto) pour les obi par une couturière professionnelle de vêtements japonais.

« C’est l’exigence d’un produit aussi beau sur la face non visible que sur le devant qui permet, en mettant en valeur les qualités du travail des artisanes japonaises et palestiniennes, de réaliser une véritable œuvre de collaboration. »

Ueki Yoshimi, une couturière homologuée par l’État de premier niveau pour la confection des vêtements traditionnels japonais, réalise la finition du fukuro-obi (ceinture doublée). « Pour moi, la Palestine était le nom d’une zone de guerre. J’ai été émue d’apprendre que c’est également un endroit qui possède un riche artisanat, déclare celle-ci », déclare-t-elle. (Photo avec l’aimable autorisation de Matsukawa Chôseijo)
Maali Siam et Takaoka Toyoko, habilleuse de kimono

Soutenir l'indépendance économique des femmes

Mme Yamamoto a également en projet de promouvoir la formation professionnelle de jeunes brodeuses en Palestine. L’âge moyen des brodeuses ne cesse d’augmenter, et celles-ci ont de graves difficultés à trouver des jeunes sur place pour prendre la relève. Mme Yamamoto a donc décidé d’offrir un débouché aux jeunes brodeuses, en leur achetant à elles aussi des produits, moins chers, pour commencer. Elle pense ainsi préserver l’héritage culturel et favoriser la transmission d’une génération à l’autre, tout en soutenant l’indépendance économique des femmes palestiniennes.

En effet, l’évolution des styles de vie fait diminuer le nombre de Palestiniennes détentrices de cet art, tout comme le nombre de femmes qui portent le kimono diminue au Japon. Or, pour Mme Yamamoto, il est important que les savoir-faire traditionnels continuent à se transmettre activement.

« En mariant les différentes traditions culturelles, une nouvelle valeur est créée. Je suis heureuse de poursuivre la création d’œuvres de réelle beauté, tout en favorisant l’intérêt des Japonais à la Palestine à travers ces broderies de ceintures de kimono. »

C’est comme une ceinture qui relie le Japon et la Palestine. Ainsi les regards des femmes voient beaucoup plus loin que leurs mains qui s’activent sur la broderie.

(D’après un reportage réalisé par Watanabe Maho, Nippon.com. Photos : Suzuki Aiko)

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