Un monstre dévoreur d’anus

La transformation du kappa à travers les médias de masse en a fait un monstre très différent de ses ancêtres, notamment grâce à la perte de sa réputation cauchemardesque. Les kappa d’autrefois traînaient les humains, les bœufs et les chevaux dans les eaux afin de dévorer leurs organes et leur shirikodama (une petite boule imaginaire contenue dans l’anus). Ils violaient également les femmes, les forçant à porter leurs enfants, et rendaient les gens fous ou malades.

Un kappa dans Hokusai manga (« Carnets de croquis par Hokusai »), dessiné d’après une trionyx de Chine (tortue à carapace molle). L’homme appâte le kappa en montrant son derrière, sachant que la créature allait être attirée par son shirikodama. (Avec l’aimable autorisation du Musée d’histoire de la préfecture de Hyôgo)
Un kappa dans Hokusai manga (« Carnets de croquis par Hokusai »), dessiné d’après une trionyx de Chine (tortue à carapace molle). L’homme appâte le kappa en montrant son derrière, sachant que la créature allait être attirée par son shirikodama. (Avec l’aimable autorisation du Musée d’histoire de la préfecture de Hyôgo)

Dans le folklore, les kappa ont la réputation d’aimer les combats de sumo. Cela pourrait presque sembler charmant si ces monstres n’avaient pas eu la réputation de noyer ou de sérieusement blesser les humains défaits.

Illustration d’Utagawa Toyokuni intitulé Kazusa : Shirafuji Genta et issu de la série Dai Nippon rokujûgoshû no uchi (« Soixante et quelques provinces du Japon », 1843-1847). Le légendaire lutteur de sumo Shirafuji Genta capture un kappa. (Avec l’aimable autorisation de Kagawa Masanobu)
Illustration d’Utagawa Toyokuni intitulé Kazusa : Shirafuji Genta et issu de la série Dai Nippon rokujûgoshû no uchi (« Soixante et quelques provinces du Japon », 1843-1847). Le légendaire lutteur de sumo Shirafuji Genta capture un kappa. (Avec l’aimable autorisation de Kagawa Masanobu)

Les kappa vénérés dans les sanctuaires

Même ces effrayants yôkai peuvent accorder des bienfaits aux humains. Une légende racontée dans plusieurs régions dit qu’un kappa s’est fait couper la main après avoir touché le derrière d’une femme alors qu’elle était aux toilettes. Afin de récupérer son membre arraché, la créature a offert aux humains la recette d’un médicament miraculeux. Dans une autre histoire, un kappa a essayé d’attirer un cheval dans l’eau, mais c’est lui-même qui est traîné vers le rivage. Il n’est pardonné qu’après avoir promis aux villageois de ne plus jamais tenter de les noyer. Pour cette dernière histoire, il y a parfois des archives de la promesse de la créature, et dans certains cas, elle est célébrée en tant que divinité aquatique.

Le sanctuaire Kahaku, à Nankoku, dans la préfecture de Kôchi, tient un festival kappa chaque année, d’après la légende d’un de ces monstres qui, attrapé en train d’essayer de noyer un cheval dans la rivière, a finalement été gracié par le grand prêtre du sanctuaire. Il a ensuite juré de ne plus jamais noyer de villageois à l’avenir, avant d’être célébré comme une divinité. (Avec l'aimable autorisation de Kagawa Masanobu)
Le sanctuaire Kahaku, à Nankoku, dans la préfecture de Kôchi, tient un festival kappa chaque année, d’après la légende d’un de ces monstres qui, attrapé en train d’essayer de noyer un cheval dans la rivière, a finalement été gracié par le grand prêtre du sanctuaire. Il a ensuite juré de ne plus jamais noyer de villageois à l’avenir, avant d’être célébré comme une divinité. (Avec l’aimable autorisation de Kagawa Masanobu)

Ces histoires nous rappellent les anciennes légendes du Japon de l’Âge des dieux, avec le kappa comme sorte d’esprit de la nature. Les Japonais d’alors étaient émerveillés par le monde qui les entourait, et ont cherché à obtenir des moyens de contrôle sur ses menaces en leurs donnant des formes concrètes, telles que les divinités (kami) ou les yôkai. Le kappa représente les dangers des rivières, des étangs, de la mer. Il suffisait d’une seule erreur de la part d’un nageur, même expérimenté, pour se noyer. Les kappa ont donc été inventés pour mettre en garde contre les imprudences.

Aujourd’hui encore, les signes « Interdit de nager » que l’on peut trouver près des rivières et des étangs affichent souvent l’illustration d’un kappa. Malgré leur apparence mignonne d’aujourd’hui les monstres verts portent toujours le même avertissement.

(Photo de titre : estampe d’Utagawa Hirokage intitulée Edo meisho dōgezukushi [Incidents comiques dans de fameux lieux d’Edo], 1859. Un kappa à droite tente de tirer vers lui une divinité de la foudre, qui finit pas tomber dans l’eau au niveau du pont Ryôgoku, à Edo. Avec l’aimable autoristation de Kagawa Masanobu)