Occidentalisation et couleur chair

(A gauche) Carte postale représentant une beauté de l’ère Meiji, aux sourcils peu maquillés. (A droite) Nécessaire à maquillage orné d’un dessin de femme : rouge à lèvres, poudre, atomiseur de poche et fard à joues, 1920-1930. (Collections de l’Institut de recherche Pola sur la beauté et la culture)

L’affiche de Shiseido « Kyô-beni » (rouge à lèvres de Kyoto) avec Yamaguchi Sayoko. (Photo : Yokosuka Noriaki / Shiseido)

La principale évolution cosmétique de l’époque moderne est l’apparition du concept de couleur « chair ». Vers la fin de l’ère Meiji, lorsque de la poudre colorée est importée d’Occident, les femmes japonaises découvrent qu’il existe des couleurs qui conviennent à leur teint. Durant l’ère Shôwa, la couleur chair est déclinée en de multiples variations, ce qui permet à chacune de choisir une poudre plus proche de son propre teint.

De l’après-guerre aux années 1960, le maquillage à l’occidentale devient à la mode, avec la commercialisation de fards à paupières, fonds de teint, faux cils et mascaras. « L’arrivée de la télévision en couleurs a aussi joué un rôle important dans la diffusion du maquillage occidental. A l’époque, les films étaient souvent dans les tons rosés, et le maquillage rose a connu une vogue », précise Mme Tomizawa. Dans les années 1980, par-delà l’imitation des modes occidentales, la tendance est à la recherche d’une expression personnelle, plus japonaise, dans le maquillage. Le succès international du mannequin Yamaguchi Sayoko, avec sa chevelure noire et lisse et ses yeux en amande, a également encouragé les femmes japonaises dans cette voie.

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Salon de beauté « Pola The Beauty » à Ginza, Tokyo. (Photo : Pola HD)

A partir des années 80, parallèlement aux attentes des Japonaises, les produits de maquillage connaissent une évolution profonde. Dans la deuxième moitié de la décennie, efficacité et fonctionnalité sont recherchées, l’accent est mis sur les ingrédients et les mécanismes de beauté de la peau, comme le montre le slogan « les cosmétiques commencent à parler science ». Le terme de « soins anti-âge », à la mode ces dernières années, relève aussi de la beauté « scientifique ». Cependant, par-delà les modes dans la façon de se maquiller, les Japonaises considèrent toujours une peau saine comme la clé de la beauté, un concept inchangé depuis l’époque du Dit du Genji, souligne Mme Tomizawa.

« Les tendances sont nombreuses et variées — la peau hâlée a été à la mode, comme les visages minces —, mais l’idéal reste le même : une peau au grain fin, lumineuse comme le verre. En particulier, le boum du teint clair de ces dernières années me semble être un retour aux sources, à l’idéal de beauté d’autrefois. »

Reportage et texte : Ushijima Bifue
Peinture de la bannière : Dames du palais de Chiyoda — cérémonial de la coiffure, Yôshû Chikanobu, 1894-1896. (Collections de l’Institut de recherche Pola sur la beauté et la culture)