Montée de la violence politique
Mais le Premier ministre Hamaguchi Osachi ne s’avoue pas vaincu pour autant, il s’oppose fermement à ceux qui critiquent le traité et donne la priorité à la coopération avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.
Le Parti démocratique constitutionnel (Rikken Minseitô) de Hamaguchi, alors au pouvoir, remporte une victoire écrasante aux élections de février 1930. Fort d’une confortable majorité à la chambre, il peut imposer ses vues, d’autant que les médias et l’opinion publique sont également favorables au désarmement et soutiennent son gouvernement.
Les conditions étant favorables, Hamaguchi use notamment du tennô kikan setsu de Minobe pour mater ses opposants et menace de destituer le président et le vice-président du Conseil privé. Mais, le 14 novembre 1930, Hamaguchi est la cible d’un attentat dans la gare de Tokyo, grièvement blessé par un tireur d’extrême droite, il meurt de ses blessures au mois d’août 1931.
Après l’incident de Mandchourie de septembre 1931, l’opinion publique change de camp et apporte son soutien à l’armée. La montée rapide du militarisme et l’assassinat du Premier ministre Inukai Tsuyoshi en mai 1932 par de jeunes officiers de marine finissent de tourner la page de l’ère du multipartisme.
Une constitution de plus en plus antidémocratique
Dans ce climat nationaliste, le tennô kikan setsu de Minobe Tatsukichi tombe sous le feu des critiques. En 1935, Kikuchi Takeo, alors membre de la Chambre des pairs et d’extraction militaire, dénonce cette approche de la constitution. Pour lui, et les partisans de la droite qui lui emboîtent le pas, elle est antipatriotique.
Victime de cette campagne, Minobe qui était alors professeur émérite à l’université impériale de Tokyo et membre de la Chambre des pairs, est poussé à démissionner de la Chambre. Ses écrits sont interdits et les universitaires ainsi que les bureaucrates soutenant sa théorie sont démis de leurs fonctions.
Dans un premier temps, le gouvernement alors dirigé par le Premier ministre Okada Keisuke, approuve le tennô kikan setsu, mais après l’interdiction des livres et la démission de Minobe, Okada cède à la pression.
Il publie alors une déclaration où il dit renoncer à la théorie de Minobe la jugeant contraire au système impérial et réaffirme le pouvoir souverain de l’empereur.
Des lectures de la constitution voulant que l’empereur détienne le pouvoir suprême s’imposent alors, ces interprétations confortent et exaltent la montée du militarisme.
En 1936, les conflits entre factions s’intensifient au sein de l’armée. Certaines restent modérées, mais les radicaux en appellent à l’action directe au nom de l’empereur. Le 26 février 1936, de jeunes officiers radicaux poussent 400 soldats à s’emparer des symboles du pouvoir gouvernemental et administratif situés au centre de Tokyo à Nagatachô et Kasumigaseki. Ils pénètrent dans la résidence officielle du Premier ministre, dans les celles des ministres et dans le quartier général de la police métropolitaine, tuant notamment deux anciens premiers ministres, Saitô Makoto alors garde du sceau privé et Takahashi Korekiyo, ministre des finances ainsi que Watanabe Jôtarô, inspecteur général de l’éducation militaire .
Kita Ikki, écrivain originaire de l’île de Sado (préfecture de Niigata), affirmait dans ses écrits que l’empereur était au-dessus de la Constitution. Son influence a été très grande sur le groupe radical à l’origine du coup d’État. Dans son « Plan général pour la réorganisation du Japon » (Nihon kaizô hôan taikô), Kita écrivait que l’empereur devait user de son autorité pour suspendre la Constitution, déclarer la loi martiale et réformer la nation.
Le Japon s’enfonce dans le militarisme en entrant en guerre d’abord avec la Chine, puis avec les États-Unis. Après la défaite et la fin de la Seconde Guerre mondiale en octobre 1945, le commandement suprême des puissances alliées impose au Premier ministre Shidehara Kijûrô de réviser en profondeur la Constitution afin de la rendre plus démocratique. L’actuelle Constitution du Japon venue remplacer celle de Meiji entre en vigueur le 3 mai 1947.
(Voir également notre article précédent : L’élaboration de la première constitution du Japon : droits du peuple et inspirations occidentales)
(Photo de titre : le peuple célèbre la promulgation de la Constitution de Meiji. Un reportage de l’époque raconte que les rues de Kyoto étaient aussi animées que lors du festival de Gion. La date et le lieu exacts de la photographie sont inconnus. Cliché pris par Suzuki Shin’ichi. Avec l’autorisation de la bibliothèque de l’université de Nagasaki. Kyôdô)



