Les spécialistes étrangers et l’occidentalisation de Tokyo
En 1867, l’année qui a précédé la Restauration de Meiji, le régime des Tokugawa est arrivé à son terme et le pouvoir politique a été restitué à l’empereur. La capitale impériale installée à Kyoto depuis plus d’un millénaire a été transférée à Edo qui a pris dès lors le nom de Tokyo, littéralement la « capitale de l’Est ».
Résolu à moderniser le Japon en y introduisant les idées et les techniques les plus avancées, le gouvernement de Meiji a fait appel à des spécialistes occidentaux qui ont collaboré avec les agences de l’administration et les universités. En 1872, une première ligne de chemin de fer reliant le quartier de Shimbashi de Tokyo à la ville de Yokohama a commencé à fonctionner. Sa construction avait été supervisée par l’ingénieur britannique Edmund Morel (1840-1871) mort de la tuberculose sur place, à l’âge de 30 ans. Les résidences en bois des daimyô qui entouraient le nouveau palais impérial bâti à l’emplacement du château d’Edo ont été démolies et remplacées par des édifices en brique et en pierre conçus par des occidentaux. Les plans du ministère de la Justice ont été dessinés par deux architectes allemands, Hermann Ende (1829-1907) et Wilhelm Böckmann (1832-1902). L’imposant bâtiment de briques rouges – connu aujourd’hui sous le nom de « bâtiment collectif n° 6 des ministères centraux » – qu’ils ont conçu a été édifié en 1895 sur le site de la résidence à Edo des Uesugi, daimyô du fief de Yonezawa.

Dans le même temps, la firme Mitsubishi a acheté au gouvernement de Meiji un vaste terrain situé en face du palais impérial afin d’y créer un quartier d’affaires moderne sur le modèle de la City, le pôle financier de Londres. À cette fin, elle a recruté Josiah Conder (1852-1920) un architecte anglais ayant choisi de rester au Japon après avoir travaillé pour les autorités de l’Archipel. Elle lui a demandé de dessiner les plans du Mitsubishi ichigôkan (littéralement « bâtiment Mitsubishi n° 1 »), le premier immeuble de bureaux du quartier Marunouchi de Tokyo. Mitsubishi a ensuite fait construire trois autres édifices en brique rouge de trois étages à usage de bureaux dans cette même zone appelée « quartier londonien » à cause de sa ressemblance avec la capitale britannique. Le Mitsubishi ichigôkan a été démoli en 1968, puis reconstruit en 2009 avec la volonté de réaliser une réplique aussi fidèle que possible à l’original. Depuis, on le désigne sous le nom de « Musée du Mitsubishi ichigôkan ».
Dès la fin du XIXe siècle, le centre de Tokyo avait donc déjà pris en partie l’apparence d’une métropole occidentale.

(Texte et photos de Nippon.com. Photo de titre : Tokyo vu du haut de la tour Tokyo Skytree, dans l’arrondissement de Sumida)
