Un chef-d’œuvre de divertissement visuel et sonore

En plus de panoramas saisissants et d’effets visuels éblouissants, la musique et les effets sonores jouent un rôle majeur dans la réussite d’un film d’animation. En utilisant la voix, la bande sonore et des sons tirés de la vie réelle, un film donne vie à son histoire d’une façon impossible à reproduire entre les pages d’un livre. Et la version cinématographique de Poupelle et la ville sans ciel ne fait pas exception.

Le personnage de Lubicchi, ce jeune garçon qui croit à l’existence des étoiles, est doublé par Ashida Mana, qui après avoir fait carrière en tant qu’enfant acteur, a obtenu un rôle principal au cinéma dans le film Hoshi no ko (« L’enfant des étoiles »), sorti en octobre 2020. Lors d’un évènement promotionnel marquant la première du film, Ashida, âgée de 16 ans seulement, a fait preuve d’une grande sagesse et d’une impressionnante maturité, parlant notamment de l’importance de la « croyance ».

Poupelle et Lubicchi partagent un moment ensemble. (© Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)
Poupelle et Lubicchi partagent un moment ensemble. (© Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)

La musique d’ouverture, « Halloween Party », est jouée par Hyde, le vocaliste du célèbre groupe L’Arc-en-ciel. Ce morceau crée immédiatement un sentiment d’excitation, plongeant l’audience dans l’univers bien particulier de cette histoire. Le thème de fin, dont Nishino a lui-même écrit les paroles et la musique, est chanté par Lozareena, dont le timbre unique restera longtemps dans la mémoire des spectateurs, aux côtés des nombreux autres souvenirs du voyage inoubliable constitué par ce film.

La combinaison des qualités de cette équipe de talent dans tous les domaines, des effets sonores aux effets visuels, des acteurs aux musiciens, porte cette œuvre d’animation vers de rares sommets de qualité artistique.

(© Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)
(© Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)

Une approche non-conformiste qui se révèle payante

L’histoire pourrait sembler n’être aux yeux de certains qu’un simple conte de fée pour enfant. Elle est cependant d’une surprenante profondeur. Les observations de l’auteur sur la société humaine sont brillamment entremêlées dans l’histoire, implicitement et explicitement, et le film offre une critique avisée du monde contemporain, rappelant parfois même le classique de Charlie Chaplin Les Temps Modernes. Un autre concept intéressant du film est le « L », cet argent qui disparaît. Nishino déclare ainsi s’être inspiré de l’écrivain fantastique Michael Ende (L’Histoire sans fin) et de sa lecture de L’Ordre économique naturel par l’économiste germano-argentin Silvio Gesell.

Et la relation entre les deux esseulés Lubicchi et Poupelle n’est pas qu’une simple histoire pleine de bons sentiments. À un moment donné, un incident menace de mettre un terme à leur amitié. Poupelle, considéré comme un hérétique et un fauteur de troubles, est rejeté par tous. Et suite à un malentendu, le petit Lubicchi lui-même n’arrive plus à croire son ami. Ils finissent heureusement par se réconcilier et leur relation en sort grandie, dans un moment d’émotion qui ne manquera pas d’attendrir les spectateurs. Ces éléments font de ce film animé un spectacle à différents niveaux de lecture, appréciable des petits et des grands. Dans les paroles du thème principal, Nishino écrit : « Accroche-toi à tes rêves, et ils se moqueront de toi, essaye d’aller plus haut, ils te pousseront vers le bas. »

Poupelle et la ville sans ciel utilise son univers fantastique imaginaire pour transcrire et critiquer le cynisme, l’amertume et la négativité qui caractérisent un certain Japon contemporain.

(© Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)
(© Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)

Nishino n’a jamais eu peur d’explorer de nouvelles voies. Dans son travail d’écrivain pour enfants et désormais de créateur de films d’animation, il a pris de nombreux chemins inexplorés auparavant : permettre la lecture en ligne gratuite de ses livres, utiliser le financement participatif pour offrir des livres et des tickets aux enfants de tout le Japon, donner plus ou moins gratuitement du matériel protégé par le droit d’auteur, organiser une exposition extraordinaire au premier étage de la Tour Eiffel, la première de ce genre pour un artiste japonais... et la liste est encore grande !

Ce long-métrage animé comprend en son sein toute cette audace et ces innovations. Nishino a souvent reçu des critiques pour son approche non conventionnelle et stratégique par rapport à sa carrière. Ce film représente pour lui une revanche étonnante, imaginative et créative. Et pour ses fans au nombre grandissant, c’est un spectacle éblouissant, qui perce le brouillard du fatalisme et du pessimisme pour dévoiler les étoiles scintillantes de l’espoir.

(Photo de titre © Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)

L'affiche du film en japonais (© Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)
L’affiche du film en japonais (© Nishino Akihiro/Entotsu-machi no Puperu Production Committee)

Le film