Johnny Depp ? Personne ne le reconnaissait !

Johnny Depp était également de toutes les scènes que Komatsu a tournées, ou presque. Quelle impression cela fait de voir une star mondiale de près ?

« Il ressemblait tellement à Eugene Smith ! Tout ce que je voyais, c’était un type barbu avec un béret. Mais il y avait une grande force dans son regard, il sentait bon et il était très sexy… Sur le tournage, nous étions à Minamata, lui dans la peau d’un photo-journaliste, et moi dans celle d’un pêcheur. Ce n’est qu’en rentrant le soir à l’hôtel, en buvant un verre tout seul, que j’ai repensé à ma journée et que je me suis rappelé que ce type, c’était Johnny Depp. Je n’en ai pas dormi de la nuit (rires) ! »

Komatsu a une autre anecdote concernant Johnny Depp. C’était pendant la prise d’une scène de taverne, reconstituée dans un studio à Belgrade.

Une scène dans une taverne où se réunissent des pêcheurs. Au premier plan, Kase Ryô joue le rôle de Kiyoshi, un membre clé des « négociateurs individuels » ©2020 MINAMATA FILM, LLC ©Larry Horricks
Une scène dans une taverne où se réunissent des pêcheurs. Au premier plan, Kase Ryô joue le rôle de Kiyoshi, un membre clé des « négociateurs individuels » ©2020 MINAMATA FILM, LLC ©Larry Horricks

« Sanada avait le rôle principal dans cette scène, mais juste avant la prise, Johnny arrive et se présente : “Salut à tous, c’est moi Johnny, l’alcoolo !” Je me suis retenu pour ne pas éclater de rire, mais j’ai vu que Sanada était plié en deux, alors je me suis lâché, moi aussi (rires). Bref, c’est une personne très sympathique, espiègle. »

Une autre facétie de Johnny Depp sur le tournage a marqué les esprits, bien que Komatsu n’y ait pas assisté personnellement : à la fin d’une scène, Johnny Depp retire un à un les différents appareils photo qu’il avait autour du cou, mais ne s’arrête pas là et enlève aussi la chemise puis le reste comme un strip-tease. Il avait senti que l’ambiance était un peu tendue, il avait trouvé ce moyen pour détendre l’atmosphère.

Eugène avec un jeune homme handicapé par la maladie de Minamata ©2020 MINAMATA FILM, LLC ©Larry Horricks
Eugène avec un jeune homme handicapé par la maladie de Minamata ©2020 MINAMATA FILM, LLC ©Larry Horricks

« C’est dans une scène de la seconde moitié du film que je me suis trouvé très proche de Johnny, l’un des moments forts du film. La scène a été tournée à Tivat, au Monténégro. L’avant-dernier jour de tournage. La scène présentait certains dangers. Johnny est venu nous voir et a dit : “Votre sécurité passe avant tout. Ne prenez aucun risque. On fait ce qu’on peut et ça sera très bien comme ça.” Et il termine en se frappant la poitrine avec le poing et en s’inclinant les mains jointes, sa pose préférée, manifestement. Mais quand Johnny Depp vous fait ça, vous êtes prêt à prendre tous les risques ! »

Outre le charme ravageur de Johnny Depp, Komatsu a également été très impressionné par l’attitude de Sanada Hiroyuki. Il était tous les jours sur le plateau, même les jours où il ne jouait pas, discret, pour aider l’équipe et conseiller les figurants.

« On le voyait parfois répéter ses dialogues pour le lendemain, à côté de là où les figurants attendaient. Une star, qui joue à Hollywood, mais très simple, sans fausse pudeur. On ne peut s’empêcher d’avoir un sentiment de confiance devant un gars comme ça : c’est un vrai combattant de terrain. »

Ce que nous avons appris sur le tournage de MINAMATA

Komatsu a séjourné environ trois semaines en Serbie et Monténégro, pour un total de huit jours de tournage. Sur le tournage, il a crié à en perdre la voix, pour s’apercevoir, une fois le film terminé… qu’il apparaissait à peine à l’écran ! Qu’à cela ne tienne, « ce qui se passe hors du cadre déteint aussi sur l’image », déclare-t-il, être ou ne pas être à l’image n’est pas la question, ce qui compte, c’est d’avoir fait de son mieux.

Komatsu (à l’extrême gauche) pose pour une photo avec le personnel juste avant son départ, le lendemain du dernier jour de tournage (Photo personnelle de Komatsu Satoru)
Komatsu (à l’extrême gauche) pose pour une photo avec le personnel juste avant son départ, le lendemain du dernier jour de tournage (Photo personnelle de Komatsu Satoru)

Pour Komatsu, qui travaillait dans la production de films publicitaires avant cela, cette expérience a fondamentalement modifié sa conception de la réalisation de films.

« Sur le tournage d’une publicité, l’action, le jeu, le calendrier, tout est fixé à l’avance, et le seul enjeu est de les respecter. Mais avec ce tournage, j’ai eu l’impression d’avoir atteint la forme la plus épurée de la réalisation de film, qui consiste à vivre le moment présent et à faire de son mieux. La confiance que j’ai acquise grâce à cette expérience est cruciale pour moi, au moment où j’aborde la seconde moitié de ma vie. »

Un mois et demi avant de postuler pour ce rôle de figurant, Komatsu avait publié chez un petit éditeur un livre sur les rencontres qu’il avait faites au cours de son « Voyage footballistique » (soccer tabi). Le livre avait pris deux mois de retard et n’est sorti que le 11 novembre 2018. Auparavant, l’éditeur avait publié « La pente est dure à remonter – Les victimes de la maladie de Minamata, aujourd’hui ». C’est ce livre (que l’éditeur lui avait envoyé) qu’il lisait en attendant que le sien sorte.

« L’auteure en est une certaine Mme Nagano Michi, du Centre de réflexion sur la maladie de Minamata. C’est un livre formidable, et je comprenais parfaitement que l’éditeur choisisse de faire passer le mien après. Le 11 novembre, comme chacun sait, c’est la journée mondiale du foot, parce que 11-11. Mais c’est aussi l’anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Et en 2018, c’était même le centième anniversaire. Or, qu’est-ce qui a déclenché la Première Guerre mondiale ? L’attentat de Sarajevo… Ça faisait beaucoup de coïncidences. J’étais déjà allé dans les Balkans faire un reportage sur le thème « La paix et le foot », et je me disais que j’y retournerais bien. C’est à ce moment-là que j’ai reçu cette proposition de faire de la figuration, en Serbie, dans un film sur la maladie de Minamata… Tout s’accrochait trop parfaitement, ça ne pouvait être que le destin qui me lançait un signe ! Pas question de le laisser passer devant mes yeux sans sauter pour l’attraper (rires) ! »

Après le tournage, Komatsu est resté en Serbie encore trois semaines pour remarcher dans les traces de son « Voyage footballistique », comme il en rêvait. En particulier, il a pu visiter le club de foot, en Bosnie-Herzégovine, créé conjointement par la Bosnie et la Serbie. À Srebrenica, où eut lieu en d’autres temps un horrible génocide.

« Mon thème est que si nous pouvons rassembler des personnes de différents pays autour d’un ballon, alors il n’y a pas de raison, nous pouvons construire un monde sans guerre. Je veux continuer mon parcours dans le monde du football, et ce tournage m’a donné l’occasion d’y réfléchir sérieusement. Grâce à l’interprétation de Johnny Depp dans le film, j’ai ressenti le mode de vie d’Eugene Smith, et son point de vue sur les personnes vulnérables. Être honnête et juste devant son sujet, tel était son attitude, et je veux m’en inspirer pour mes propres actions. »

©2020 MINAMATA FILM, LLC ©Larry Horricks
©2020 MINAMATA FILM, LLC ©Larry Horricks
©2020 MINAMATA FILM, LLC
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Le film

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