Voilà, c’est ça, un film

Le réalisateur se souvient d’une anecdote humoristique que Miura Tomokazu lui avait racontée avant le lancement du projet, et qui l’avait marqué.

M.S.  Dans la vie, je trouve qu’un événement grave est toujours suivi le lendemain d’un événement risible. Je me souviens que Miura m’a dit un jour quelque chose comme : « Ce n’est jamais très bon d’être trop sérieux. » C’est parce que nous avions eu des échanges de ce niveau dans le passé, que nous avons pu tourner de manière ouverte et confortable.

— Qu’entendiez-vous par là, Miura Tomokazu ?

M.T.  Par exemple, même pendant les funérailles d’un membre de votre famille, il y aura un moment où vous ne pourrez pas vous empêcher de rire, n’est-ce pas ? Bien sûr, si vous êtes pris d’un fou-rire, ce ne sera peut-être pas très approprié, mais je pense que c’est juste humain de rigoler à certains moments et de pleurer à d’autres. Et l’idéal pour un acteur est peut-être de pouvoir faire sentir aux gens que ce n’est pas contre nature, qu’il y a toutes sortes de gens très différents parmi les humains.

Sendô Nobuko (gauche) interprète la femme du « président ». (© Comité de production du film / COMME DES CINÉMAS)
Sendô Nobuko (gauche) interprète la femme du « président ». (© Comité de production du film / COMME DES CINÉMAS)

K.Y.  C’est exactement ce qui s’est passé avec ce film. Il capture des moments de vie. Rien de sublimement important.

M.T.  Ce n’est pas vraiment une fin heureuse, d’ailleurs.

K.Y.  Non. Le film dépeint la vie quotidienne de Keiko, et même si cela n’a pas vraiment d’importance pour les autres, pour elle, l’idée que le club puisse disparaître la rend malade. Malgré cela, le film capture soigneusement les jours qui passent. Et des jours qui se succèdent aux jours, ça finit par faire ce qu’on appelle une vie, n’est-ce pas ? Je suis vraiment heureuse d’avoir pu me concentrer sur ce point, et je crois qu’on a fait un film vraiment sensible.

— En tant que réalisateur, votre objectif était aussi de filmer l’accumulation des petits riens de la vie quotidienne ?

M.S.  C’est exactement ce que Miura a dit tout à l’heure. Je veux faire des films qui amènent les gens à penser : « Voilà à quoi ressemblent les êtres humains ». Je pense que l’important est de filmer avec précision, après avoir réfléchi à ce que les gens sont en essence, sans idées préconçues ni préjugés, et sans faire de suppositions. C’est ce que j’ai senti en lisant l’autobiographie d’Ogasawara Keiko. Elle est le genre de personne qui ne néglige pas les petits flous du cœur et qui affronte tout avec sincérité. C’est comme cela que j’ai réfléchi à la manière dont j’allais traiter ce sujet, puis j’ai décidé de le concrétiser avec tout le monde.

— Kishii Yukino, Miura Tomokazu, comment vit-on l’expérience de devenir membre de la « Team Miyake » ?

K.Y.  J’étais ravie de pouvoir jouer dans un film en 16 mm à notre époque. J’ai toujours aimé voir des films dans ce format. Le bruit de la bobine dans la caméra, ce son si atypique, est supprimé dans le film fini, n’est-ce pas ? Mais c’est comme le son d’une pioche dans la construction d’un tunnel. J’étais plus qu’heureuse d’entendre le « son d’un film en train de se faire » de mes propres oreilles. La caméra fixe était également intéressante. Elle attend patiemment que je m’approche. Je dois aller vers la caméra tout en esquivant en dansant avec le haut du corps.

M.T.  J’ai grandi avec le cinéma. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu l’expression « changement de bobine », c’était très nostalgique. J’ai pensé que ce serait bien de tourner au format Vista européen. J’ai ressenti la même chose sur le plateau, et également quand j’ai vu le film terminé. Voilà, un film, c’est ça ! C’est bien aussi qu’il n’y ait que du son d’ambiance, aucun son synthétique.

La satisfaction est synonyme de perfection

K.Y.  Rien ne m’a fait plus plaisir que de pouvoir serrer dans mes bras Mme Ogasawara en larmes à la sortie de l’avant-première (la première projection strictement réservée aux personnes impliquées dans la production). Mme Ogasawara et sa famille étaient tous si heureux. Pour la première fois, j’ai eu l’impression d’avoir atteint un niveau supérieur de satisfaction d’avoir fait le film.

M.T.  Le film est très simple dans sa structure, mais il a beaucoup de force. Après l’avoir vu, la seule chose que j’ai pu dire, c’était : « Intéressant ! » C’est le seul mot qui m’est venu à l’esprit pour le décrire, au vrai sens du terme. J’ai serré tout le monde dans mes bras lorsque j’ai quitté la salle de projection (rires). C’est ce que j’ai ressenti en toute honnêteté à la fin du film. Parce que, Yukino-san, vous êtes extraordinaire dedans. C’est une merveilleuse surprise.

K.Y.  (en larmes) Je suis si heureuse de ce que vous venez de dire !

M.S.  Et moi donc…

M.T.  Déjà, le fait que Mme Ogasawara a vu le film trois fois, ça dit tout.

M.S.  Tous les acteurs dans le film sont extraordinaires. C’est vrai. Même si un compliment du réalisateur, personne ne va y croire (rires). Alors ne parlons que de Kishii Yukino, dès la première vision, son talent crève l’écran.

(© Comité de production du film / COMME DES CINÉMAS)
(© Comité de production du film / COMME DES CINÉMAS)

M.T.  Elle porte le film à bout de bras. On ne voit qu’elle et c’est amplement mérité !

M.S.  Elle a tiré tout le monde à sa suite, il y avait une motivation extraordinaire à donner le meilleur de soi autour d’elle.

M.T.  Kishii Yukino est une actrice qui va marquer le métier à l’avenir, mais de tous les films qu’elle a joués jusqu’à présent, celui-ci est probablement son préféré, je suis sûr ?

K.Y.  Oui...

M.T.  Oh, c’est clair. C’est votre chef-d'œuvre pour le moment.

K.Y.  Je n’arrive pas à imaginer quel genre de rôles je vais rencontrer dans le futur. En repensant au tournage, mes émotions en tant que Keiko, le personnage, étaient plus fortes que les miennes. Le réalisateur s’est occupé de tout l’aspect concret, alors tout ce à quoi je pensais c’était : « Je ne veux pas perdre. Je veux être forte. »

La beauté du geste est aussi une histoire sur un carrefour que la vie nous amène à traverser, tous autant que nous sommes, à savoir continuer à faire ce que nous aimons, ou chercher une nouvelle voie. Kishii Yukino l’a vécu dans ce film avec une acuité de tous ses sens, comme Keiko l’a vécu sur le ring, et sur l’écran.

(Interview réalisée en décembre 2022, avant la sortie du film au Japon. Photos d’interview : Hanai Tomoko)

 (© Comité de production du film / COMME DES CINÉMAS)
(© Comité de production du film / COMME DES CINÉMAS)

Le film

  • Œuvre originale : Makenaide, de Ogasawara Keiko
  • Réalisateur : Miyake Shô
  • Scénario : Miyake Shô, Sakai Masaaki
  • Casting : Kishii Yukino, Miura Tomokazu, Matsuura Shinichirô, Satô Himi, Sendô Nobuko
  • Année : 2022
  • Site officiel : https://happinet-phantom.com/keiko-movie/

Bande-annonce