Je veux accoucher dans un village autochtone d’Amazonie...
En tant que parents d’un enfant à naître, Ota et KOM_I vivent chaque jour de nouvelles expériences. Tout en s’amusant à parler aux médecins et aux autres personnes travaillant dans les cliniques d’obstétrique et de gynécologie parce qu’ils y retrouvent l’impression de faire une étude de terrain, ils ressentent aussi des doutes sur les différentes situations et systèmes entourant la grossesse et l’accouchement dans le Japon d’aujourd’hui.
KOM_I J’ai l’impression que les pères ont été négligés par certains obstétriciens et gynécologues. Ils ne considèrent pas les hommes comme des parents à part entière. Je n’aime pas les hôpitaux qui donnent l’impression que les pères n’ont pas leur place.
A.O. La société critique l’indifférence des pères à l’égard de l’éducation des enfants, mais d’un autre côté, il existe une dualité dans laquelle l’histoire de l’accouchement et de l’éducation des enfants est récupérée comme celle de la mère et de l’enfant. C’est ce que je conteste.
KOM_I J’ai toujours été intéressée par l’accouchement naturel. En ce qui concerne la grossesse et l’accouchement, ce qui est bon et ce qui est mauvais varie d’une époque à l’autre, d’un endroit à l’autre et d’une personne à l’autre. J’ai fait beaucoup de recherches de mon côté et il y a quelques points sur lesquels je voudrais insister. Par exemple, accoucher dans des conditions non stériles, pouvoir changer de position librement plutôt que d’être fixée à la table d’accouchement, ne pas avoir le cordon ombilical coupé immédiatement, pouvoir être présente même si l’on n’est pas un membre de la famille, la possibilité pour le bébé de téter le sein immédiatement... Compte tenu de ces éléments, j’ai estimé que l’accouchement à l’ancienne était plus proche de mon accouchement idéal que l’accouchement dans un hôpital moderne.
A.O. Nous avons envisagé la possibilité d’accoucher dans un centre de sages-femmes, mais elle voulait accoucher près de la nature, découvrir la sagesse traditionnelle des peuples autochtones qui existe toujours et donner naissance dans un endroit en dehors du système d’accouchement japonais. Nous avons alors pris en compte toutes nos relations et nos connaissances, et nous sommes arrivés à la conclusion que l’endroit le plus « sûr » pour voir notre enfant naître serait l’Amazonie.
... grâce à un savoir-faire transmis depuis des siècles
Pendant le tournage de Kanarta, Ota a séjourné dans un village shuar du sud de l’Équateur, mais certaines personnes le soupçonnaient d’être un espion des compagnies d’exploitation des ressources minières et il a reçu des menaces de mort, ce qui l’a obligé à s’enfuir au Pérou pendant plusieurs mois. Le village Wampis qui l’a accueilli à l’époque sera la destination de ce voyage pour eux et leur enfant à naître.
A.O. L’un des chefs de la tribu des Wampis est un ami, et il me présentera à une obstétricienne. Elle est experte en herbes médicinales et en connaissances alimentaires. Je les connais bien et ils accouchent encore tous à la maison, ils ont donc un savoir-faire qui se transmet depuis des siècles. On nous dit que les accidents sont rares.
KOM_I Je veux m’appuyer sur ce type de sagesse, développer ma capacité instinctive à donner naissance et y croire. Je veillerai à être en bonne forme physique. Si mon corps ne convient pas ou si je ne me sens pas à l’aise à l’idée d’accoucher là-bas, je serai flexible et je changerai mes plans. Je ne veux pas m’entêter.
A.O. Il y a encore beaucoup de choses que je ne connais pas à leur sujet. En ce sens, compte tenu de ma situation personnelle, je pense que c’est l’occasion d’acquérir de nouvelles connaissances. Je les verrai sous un autre jour que lors de mon précédent séjour.
KOM_I Avant de tomber enceinte, j’avais entendu parler de la tribu des Wampis par Akimi, et je voulais y aller un jour.
D’après Ota, les Wampis sont un peuple issu des Shuars, qui a franchi la frontière péruvienne. Bien que cela ne soit pas reconnu par le gouvernement péruvien, ils ont créé en 2015 le premier gouvernement autochtone de l’histoire du pays, sous le nom de « Nation Wampis ». L’objectif principal n’est pas d’obtenir l’indépendance, mais de protéger leurs terres de la déforestation, des forages pétroliers et de l’extraction illégale de minerais.
A.O. Je me suis rendu chez eux en 2017, peu après la création de leur pays. Ils ont leur propre constitution et leur propre parlement, ils ont un président, ils envoient des représentants à la COP [Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques]. C’est un peuple remarquable qui est en train de créer une nouvelle image des peuples autochtones. Cela ne figurait pas dans le film précédent parce que le thème était différent, mais à mon sens, il s’agit d’un peuple qui accomplit des choses importantes dans le contexte de l’histoire mondiale. Je veux les inclure d’une manière ou d’une autre dans ce film. Certains aspects sont en phase avec la manière dont KOM_I se considère par rapport aux mouvements sociaux.




