Le grand séisme du 11 mars 2011 a changé les valeurs

Après environ douze ans en Allemagne, Nara rentre au Japon en 2000. Le succès de sa première exposition individuelle d’importance au Japon, « I DON’T MIND, IF YOU FORGET ME. » (2001), a rapidement accru sa notoriété. Par la suite, il a reçu de nombreuses propositions d’expositions individuelles non seulement au Japon, mais aussi à l’étranger, élargissant ainsi progressivement son champ d’activité en tant qu’artiste.

Le grand séisme qui a frappé le nord-est du Japon le 11 mars 2011 marque un tournant décisif. Cette catastrophe avait touché sa région natale, et a ainsi profondément ébranlé ses fondements créatifs, le contraignant à repenser ses valeurs.

Spring Girl (2012) est une peinture réalisée l’année suivant le tremblement de terre. Le portrait en buste d’une jeune fille est un motif que l’artiste aime peindre depuis longtemps, mais cette œuvre est de grande taille et la composition en gros plan rappelle celle d’une photo d’identité. L’expression sobre de la jeune fille qui regarde droit devant elle, les contours volontairement flous et les couches de couleurs apparentes sont le résultat d’une recherche visant à exprimer « un état d’esprit impossible à résumer », à la fois tristesse et colère, face à la catastrophe naturelle et à l’accident nucléaire, mais aussi la joie simple d’être en vie au quotidien.

Spring Girl © Yoshitomo Nara, avec l'aimable autorisation de la Fondation Yoshitomo Nara (Collections du Musée d'art de Yokohama)
Spring Girl © Yoshitomo Nara, avec l’aimable autorisation de la Fondation Yoshitomo Nara (Collections du Musée d’art de Yokohama)

Le tableau intitulé Power in a Union (2024), présenté l’année dernière, s’inspire de la chanson There Is Power in a Union (1986) de Billy Bragg, qui appelle à la solidarité entre les travailleurs.

Power in a union © Yoshitomo Nara, avec l'aimable autorisation de la Fondation Yoshitomo Nara
Power in a union © Yoshitomo Nara, avec l’aimable autorisation de la Fondation Yoshitomo Nara

Nara dessine la silhouette simple et fragile d’un personnage enfantin aux proportions déformées, dépassant même le cadre du panneau d’environ 1 mètre de haut. Il utilise souvent des motifs caractérisés par leur petitesse et leur innocence, qu’il représente à une échelle démesurée, afin de suggérer que ces êtres apparemment faibles recèlent en réalité une grande puissance. Dans cette œuvre également, il avance que lorsque des êtres faibles comme lui/elle s’unissent, ils peuvent exercer une grande force. À travers cette œuvre, Nara adresse un message actuel à la société moderne, où le fossé entre les « nantis » et les « démunis » ne cesse de se creuser.

De petits coups répétés sur un mur invisible

Nara est également un lecteur assidu depuis son enfance. Le sens unique qu’il donne aux mots, cultivé par sa familiarité avec la littérature, transparaît dans les nombreux poèmes qu’il a écrits dans les années 1990. L’un d’entre eux, intitulé « Par une nuit d’orage », dit ceci :

La réalité dans laquelle nous vivons aujourd’hui est remplie d’aliénation et d’indifférence,
et parfois, même nos préoccupations semblent s’envoler loin de nous.

Même dans un champ magnétique négatif,
même dans une situation où je ne peux pas bouger,
je veux faire un pas en avant, même si ce n’est qu’un pas oblique.

Même si cela signifie tourner en rond dans un labyrinthe,
je veux continuer à donner de petits coups contre le mur invisible,
et sourire avec détachement.

Nara Yoshitomo, Fukai fukai mizutamari

(« Profonde, profonde flaque d’eau », 1997, éditions Kadokawa Shoten)

Ce poème a déjà près de 30 ans. À cette époque, l’ère de la « difficulté à vivre » avait déjà commencé. Aujourd’hui encore, on n’en voit pas l’issue. Cependant, quelles que soient les forces adverses, Nara continue à pratiquer, à travers ses créations, le « pas en avant, même oblique », et la répétition de « petits coups sur un mur invisible ». Lorsque Stella McCartney déclare : « Par l’esprit, il est un véritable artiste qui vit l’instant présent », elle pense sans doute à cette cohérence dans l’attitude esthétique de Nara.

Les œuvres de Nara, qui véhiculent le courage d’affronter même les plus grandes difficultés, et une attitude légère qui invite à « sourire avec froideur », apportent un réconfort à de nombreuses personnes qui traversent cette période difficile à travers le monde.

Depuis 1998, le Musée d’art préfectoral d’Aomori, adjacent au site archéologique préhistorique de Sannai Maruyama, a réuni plus de 170 œuvres de Nara Yoshitomo. Actuellement, l’exposition Les mots de Nara Yoshitomo : un autre monde créatif est ouverte jusqu’au 3 novembre 2025. Outre des peintures et des œuvres tridimensionnelles, l’exposition présente également des poèmes écrits par Nara dans les années 1990.

Depuis 1998, le Musée d’art préfectoral d’Aomori s’efforce de rassembler les œuvres de Nara Yoshitomo. Plus de 170 s’y trouvenbt actuellement. Site officiel : Musée d’art préfectoral d’Aomori)

(Photo de titre : Nara Yoshitomo, lors du vernissage de l’exposition au musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne, le 27 juin 2024. AFP/Jiji)