Ce que j’ai appris de la société en Amérique
— En vue des Jeux de Tokyo 2020, vous vous êtes lancé le défi de partir aux États-Unis et de jouer dans une équipe locale.
I.Y. J’ai rejoint l’équipe d’Alabama pour la saison d’octobre 2018 à avril 2019, au sein du championnat américain. Ça a été l’un des meilleurs moments de ma vie de sportif, dans des conditions idéales, et avec le petit courage qu’il faut en plus pour jouer dans un pays qui n’est pas le sien. L’équipe que j’avais choisie s’appelait les Lakeshore Demolition, c’était l’équipe la moins bien classée de division 2, il fallait vraiment payer de sa personne pour ramener une victoire, avec ces gars-là !
— La vie américaine vous a-t-elle apporté quelque chose ?
I.Y. Je m’entraînais seul pendant mon temps libre, je faisais mes courses et je cuisinais pour moi. Mes co-équipiers m’emmenaient faire du shopping, mais le plus formidable, c’est qu’en discutant avec des athlètes, j’ai été amené à me confronter avec des questions comme ma vie en tant que sportif, et ma vie au-delà, les voies que j’envisage dans le futur. Quand vous tombez sur un pote qui n’a plus ni bras ni jambes et qui vous dit : « Amène-toi, on va manger des sushis ! » et qui vous fait monter dans sa voiture, qu’il conduit lui-même… Au début, je n’en menais pas large (rires), mais en fait, il conduisait super bien, je vous jure, ça vous remet les idées en place. Un autre sportif blessé à la nuque à la guerre et handicapé m’a dit : « Grâce à toi, j’ai compris que je pouvais placer un objectif plus haut. » J’ai appris que je pouvais faire des choses que je n’osais pas faire à cause de mon handicap, ou auxquelles j’avais renoncé parce que je pensais que je ne pouvais pas les faire. Aussi bien au Japon qu’à l’étranger, j’ai découvert que je pouvais avoir une influence positive sur les choses. J’ai réévalué le sens de ma vie, et c’est vraiment ce qui m’a rendu le plus heureux pendant mon séjour.
— Le nombre de pratiquants de rugby-fauteuil au Japon reste faible, tout comme le nombre d’équipes. S’atteler à créer un environnement de rencontres quotidiennes avec des équipes internationales demandera des efforts considérables. Avez-vous un message pour les jeunes joueurs qui suivent vos traces ?
I.Y. Apprendre à ouvrir la société est encore plus important que le rugby. Vous pouvez être membre de la sélection nationale pour les Jeux paralympiques, capitaines de l’équipe nationale de rugby-fauteuil, ce n’est qu’un tout petit monde, et seulement une toute petite partie de la société. Ce n’est qu’en élargissant votre vision aux autres parties du monde que vous avez une chance d’apporter quelque chose à quelqu’un en retour. On trouve beaucoup d’informations sur internet, mais l’essentiel est d’aller sur place se rendre compte par soi-même, de ressentir les vraies sensations, d’entendre les vraies voix. L’environnement du rugby-fauteuil a mûri au Japon, et il est possible de faire encore davantage, notamment en diffusant la pratique de ce sport, par exemple dans les pays en voie de développement. Que pouvons-nous faire pour eux ? J’espère que les jeunes relèveront le défi !
(Extrait d’un article paru le 24 août 2021 dans l’édition numéro 5 du magazine (GO Journal)
Photos : Ninagawa Mika
Interview et texte : Zoshigaya Senichi


