Fujimoto Satoshi a remporté trois médailles d’or consécutives aux trois Jeux paralympiques de 1996, 2000 et 2004 en judo pour déficient visuels, puis de nouveau l’argent à Beijing en 2008 et le bronze à Rio en 2016. Aujourd’hui âgé de 45 ans, il vise encore une médaille pour les prochains Jeux olympiques.
Les para-athlètes d’aujourd’hui ont de la chance
— Vous pratiquez le judo depuis l’âge de cinq ans, mais quand avez-vous commencé à viser les Jeux paralympiques ?
Fujimoto Satoshi J’étais en deuxième année de lycée quand Miyauchi Eiji, un champion de judo non-voyant natif de Tokushima, comme moi, est venu s’entrainer dans le lycée d’études commerciales que je fréquentais. Il avait participé aux Jeux paralympiques de Barcelone. C’est alors que l’année suivante, lorsque le directeur du club de judo de l’établissement m’a dit que si je postulais au lycée pour non-voyants, j’aurais des chances d’être sélectionné pour les Jeux paralympiques, je me suis rappelé de Miyauchi Eiji. Ma motivation est venue de ce moment-là.
— Sans cela, auriez-vous quand même eu l’intention de poursuivre le judo après vos études secondaires ?
F.S. Je ne sais pas. Que serais-je devenu sans cette phrase de mon professeur ? J’ai eu de la chance d’avoir des gens qui m’ont indiqué le bon chemin à prendre aux instants décisifs de ma vie. Je pense que j’ai une vie extraordinaire ! (rires). Bien sûr, j’ai fait des choix et j’ai travaillé pour arriver jusqu’ici.
— Vous vous battez au plus haut niveau mondial depuis plus de 20 ans maintenant. Selon vous, comment a évolué le niveau du judo pour déficients visuels au Japon, depuis votre jeunesse ?
F.S. Sans se limiter au judo, je crois que les jeunes para-athlètes japonais aujourd’hui ont beaucoup de chance. En 1998, cela coûtait 300 000 yens de notre poche à chacun d’entre nous pour participer aux Championnats du monde de Madrid... Nous n’avions même pas d’uniformes, et j’ai traversé le stade dans le short que je mettais tous les jours… J’avais honte ! Le Japon était le seul parmi tous les pays développés dans ce cas. Et ce n’est qu’un exemple, mais c’est parce que nous en sommes passés par là qu’aujourd’hui les choses se sont améliorées. J’ai eu raison de persévérer.
Maintenant, tout le monde se prépare pour les Jeux de Tokyo 2020. Mais je trouverais dommage que les jeunes athlètes d’aujourd’hui pensent que tout leur est donné et payé, comme les frais de déplacement, d’hébergement, de transport... Je veux qu’ils se rendent compte de la chance qu’ils ont ! Désormais, la quasi-totalité des athlètes sélectionnés sont des professionnels. Laissez-moi vous dire que c’était loin d’être le cas autrefois. Personnellement, je suis toujours salarié de l’enseignement. D’autres étaient masseurs-kinésithérapeutes, employés dans des établissements de santé, ou en libéral, etc. Les choses se sont incroyablement améliorées.

